Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204394

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204394
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a été saisi par Mme B, magistrate, d'une demande de paiement d'un reliquat d'indemnités d'astreintes et d'interventions pour la période du 1er janvier 2019 au 31 juillet 2022. Le ministre de la Justice s'est opposé à la demande, arguant que les sommes non versées correspondaient à des interventions non validées ou à des astreintes déjà payées à d'autres magistrats. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la requérante n'apportait pas la preuve de la réalité des services qu'elle estimait impayés, en application des dispositions du code général de la fonction publique et du décret n° 2003-1284 du 26 décembre 2003.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 décembre 2022 et le 16 avril 2023, Mme C A épouse B, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 644 euros au titre des indemnités d'astreintes et d'interventions dues pour la période du 1er janvier 2019 au 31 juillet 2022, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 octobre 2022 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'organisation entre les deux juges des libertés et de la détention (JLD) statutaires est proposée au président du tribunal judiciaire qui la valide sans formalisme particulier par un mail ou par l'acceptation tacite de la diffusion à l'ensemble du tribunal des listes de roulement ou de la diffusion de permanenciers et, à compter de février 2020, l'autre JLD a présenté plusieurs arrêts de travail et elle a assuré seule la charge du service sauf aides ponctuelles ;

- elle a sollicité le paiement de ses indemnités d'astreintes et d'interventions pour la période du 1er janvier 2019 au 31 juillet 2022 pour un montant total de 18 186 euros, somme qui lui a été en partie versée en octobre et novembre 2022 à hauteur de 17 590 euros mais qu'elle demande le versement du reliquat à hauteur de 644 euros pour la période du 1er janvier 2019 au 31 juillet 2022 au titre de laquelle lui restent dus 360 euros au titre des interventions et 268 euros au titre des astreintes, mais qu'elle renonce aux demandes formées au titre de l'astreinte de nuit de semaine du 10 au 11 novembre 2020 et du 10 au 11 novembre 2021 attribuées par erreur à d'autres magistrates et ne demande donc que 156 euros au titre des astreintes pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2021 et elle maintient sa demande à hauteur de 128 euros pour la période du 1er janvier 2022 au 31 juillet 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le différentiel entre les montants sollicités et ceux effectivement versés correspond à des interventions non validées par le président de juridiction ou à des astreintes de nuit déjà payées à d'autres magistrats.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2003-1284 du 26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire ;

- l'arrêté du 3 mars 2010 modifié pris en application du décret n° 2003-1284 du 26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa ;

- et les conclusions de Mme Armelle Best-De Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Ghislaine Palanca, vice-présidente chargée des fonctions de juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Tours depuis le 1er septembre 2017, a effectué plusieurs astreintes et interventions du 1er janvier 2019 au 31 juillet 2022. Par courrier en date du 11 août 2022, Mme B a sollicité le paiement des indemnités correspondantes pour une somme totale de 18 186 euros. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision de rejet. En octobre et novembre 2022, les sommes de 1 798 euros et 15 792 euros ont été versées sur ses bulletins de paye pour un total de 17 590 euros. Par un mail du 2 décembre 2022, elle a sollicité des précisions quant à la somme versée et aux montants contestés. Mme B demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures de condamner l'Etat à lui verser la somme de 644 euros pour la période du 1er janvier 2019 au 31 juillet 2022 au titre de laquelle lui restent dus 360 euros au titre des interventions et 268 euros au titre des astreintes, mais qu'elle renonce aux demandes formées au titre de l'astreinte de nuit de semaine du 10 au 11 novembre 2020 et du 10 au 11 novembre 2021 attribuées par erreur à d'autres magistrates et ne demande donc que 156 euros au titre des astreintes pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2021, et qu'elle maintient sa demande à hauteur de 128 euros pour la période du 1er janvier 2022 au 31 juillet 2022, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 octobre 2022.

2. Aux termes de l'article L. 115-1 du code général de la fonction publique : " Les agents publics ont droit, après service fait, à une rémunération dans les conditions fixées au chapitre Ier du titre Ier du livre VII. ". Aux termes de l'article 42 de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature : " Les magistrats perçoivent une rémunération qui comprend le traitement et ses accessoires. Les traitements des magistrats sont fixés par décret en conseil des ministres ". Aux termes de l'article 10 du décret n°2003-1284 du 26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire, alors applicable : " Dans la limite des crédits ouverts à cet effet, les magistrats des cours d'appel, des tribunaux supérieurs d'appel et des tribunaux judiciaires et de première instance peuvent bénéficier de l'indemnisation des astreintes liées à l'exercice de leurs fonctions, qui peut être complétée par une indemnité d'intervention avec déplacement ou par une indemnité d'intervention sans déplacement. / Les indemnités dues pour une période d'astreinte de nuit et celles dues pour une période d'astreinte de jour les samedis, dimanches et jours fériés sont cumulables. / Lorsqu'un magistrat effectue plusieurs interventions avec déplacement ou plusieurs interventions sans déplacement au cours de la même période d'astreinte de nuit ou de jour les samedis, dimanches et jours fériés, il ne perçoit qu'une seule fois l'indemnité correspondante. / Lorsqu'un magistrat effectue des interventions avec déplacement et des interventions sans déplacement au cours de la même période d'astreinte de nuit ou de jour les samedis, dimanches et jours fériés, il ne perçoit qu'une seule fois l'indemnité d'intervention dont le montant est le plus élevé. / Le montant et les limites maximales de cette indemnisation ainsi que ses modalités d'attribution sont fixés par un arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget. / Cette indemnité est versée mensuellement. " et aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 3 mars 2010 pris en application du décret n° 2003-1284 du 26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire dans sa version applicable : " Les modalités d'attribution de l'indemnisation des astreintes, prévue à l'article 10 du décret du 26 décembre 2003 susvisé, sont fixées suivant les dispositions figurant en annexe C du présent arrêté. / I. -Les montants perçus par les magistrats du siège des cours d'appel, des tribunaux supérieurs d'appel, des tribunaux judiciaires et de première instance au titre de l'indemnisation prévue par l'article 10 du décret du 26 décembre 2003 susvisé sont fixés ainsi qu'il suit : / 56 € par astreinte de nuit, dans la limite maximale de 784 € par mois et par magistrat ; / 50 € par astreinte de jour les samedis, dimanches et jours fériés, dans la limite maximale de 500 € par mois et par magistrat. / L'indemnisation des astreintes peut être complétée, dans les limites maximales fixées au troisième et quatrième alinéa du présent article, par l'indemnité d'intervention avec déplacement prévue par l'article 10 du décret du 26 décembre 2003 susvisé, dont les montants sont fixés ainsi qu'il suit : / 80 € en cas d'intervention avec déplacement de nuit ; / 40 € en cas d'intervention avec déplacement de jour les samedis, dimanches et jours fériés. ". L'annexe C de cet arrêté mentionne que les JLD ont des indemnités en cas d'astreinte de jour les samedis, dimanches et jours fériés mais également de nuit sans qu'il soit précisé de jour précis.

3. En premier lieu, Mme B, qui a renoncé à percevoir deux indemnités de novembre 2019 qui ont été versées à deux collègues, réclame la somme de 360 euros au titre des interventions qu'elle a effectuées et restant à rémunérer. Le tableau produit en défense par le ministère de la justice mentionne que certaines interventions qu'elle a listées n'ont pas été admises car ne figurant pas sur l'état nominatif signé par le président du tribunal judiciaire qui atteste du service fait. Mme B produit toutefois un courriel de la secrétaire de la présidence en date du 12 avril 2023 qui précise qu'il y a eu erreur de sa part et que vont être transmis au service administratif régional (SAR) les états modifiés correspondant à deux interventions nuit semaine effectuées du 12 au 13 décembre 2019 et du 7 au 8 octobre 2021 et quatre interventions jours week-end effectuées les 14 mars 2020, 16 mai 2020, 16 janvier 2021 et 17 janvier 2021. Dès lors, il résulte de l'instruction que Mme B est fondée à obtenir le paiement de la somme de 320 euros à ce titre.

4. En deuxième lieu, ce même courriel du 12 avril 2023 mentionne une intervention semaine pour la nuit du 27 avril 2023 et Mme B est fondée à obtenir le paiement de la somme de 80 euros qu'elle réclame à ce titre.

5. En dernier lieu, Mme B, qui produit son état individuel mensuel signé en août 2022, soutient, sans être utilement contredite, qu'elle a effectué huit astreintes de nuit en décembre 2021 mais que quatre seulement lui ont été réglées. Dès lors, elle est fondée à obtenir le paiement de la somme non contestée de 156 euros qu'elle demande à ce titre.

6. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à Mme B la somme de 556 euros au titre de ses astreintes et interventions effectuées et non rémunérées entre 2019 et 2022, somme augmentée des intérêts au taux légal à compter, ainsi qu'elle le demande, du 11 octobre 2022.

7. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser à la requérante sur le fondement des dispositions de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat versera à à Mme B la somme de 556 euros, somme augmentée des intérêts au taux légal à compter du 11 octobre 2022.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme Ghislaine Palanca et au garde des Sceaux ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

L'assesseure la plus ancienne,

Laura KEIFLIN

Le greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.