Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204412

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrées le 12 décembre 2022, le 27 décembre 2022 et le 9 février 2023, M. B A, représenté par Me Eizer Souidi, avocat, demande au tribunal :

1°/ d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui communiquer l'avis du 2 septembre 2022 du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration afin qu'il puisse le contester en temps utile ;

2°/ d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°/ d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°/ de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

Sur la décision de refus d'admission au séjour :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'instruction de sa demande ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la possibilité de bénéficier d'un accès effectif à un traitement approprié au Kosovo, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé local ;

- elle est affectée d'erreur de droit, l'autorité préfectorale s'étant considérée comme liée par avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la possibilité de voyager et des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'un voyage pourrait avoir sur son état de santé ;

- elle est affectée d'erreur de droit, l'autorité préfectorale s'étant considérée comme liée par avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

- elle méconnait l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'état de santé du requérant et de la nécessité d'une prise en charge médicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience :

- le rapport de M. Guével, président-rapporteur,

- les observations de Me Souidi, avocat, représentant M.A

- la préfète du Loiret n'était ni présente ni représentée

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en annulation :

1. M. A, ressortissant kosovar née le 18 juillet 1996, entré en France en février 2018 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. L'arrêté du 21 octobre 2022 en litige est signé de M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu délégation par arrêté n° 45-2021-197 du 27 juillet 2021 de la préfète du Loiret, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret, en particulier dans le domaine de la police des étrangers. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté.

3. L'arrêté du 21 octobre 2022 en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il est suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. A entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. Il ressort de cette motivation ainsi que des autres pièces du dossier qu'avant de prendre l'arrêté contesté, la préfète du Loiret s'est livrée à un examen circonstancié de la situation de M. A à l'aune des informations portées à sa connaissance, notamment de l'avis émis le 2 septembre par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doit être écarté.

5. Il ressort de l'arrêté contesté que la préfète du Loiret a estimé, après un examen approfondi de la situation de M. A, qu'aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne justifiait de s'écarter de l'avis émis le 2 septembre 2022 par l'office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors, la préfète ne s'est pas considérée comme placée en situation de compétence liée par cet avis médical. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable.

La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé.

Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre. ".

7. Il ressort de l'arrêté attaqué que, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Loiret a estimé que si l'intéressé remplit la condition de résidence habituelle en France, et si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si M. A soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne l'établit pas en se bornant à produire des certificats médicaux rédigés en termes généraux, qui ne permettent pas d'infirmer l'avis formulé par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par conséquent, il ne peut utilement soutenir qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le Kosovo, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les motifs exposés aux points 2, 3 et 5 les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, du défaut de motivation de celle-ci et de l'erreur de droit doivent être écartés.

9. Dès lors que, comme il est dit au point 7, M. A n'établit pas que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne peut, par suite, utilement soutenir que la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la possibilité de voyager et des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'un voyage pourrait avoir sur son état de santé.

10. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : " () ; 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

11. Pour les motifs exposés aux points 7, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il serait, du fait de son état de santé, protégé de l'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président-rapporteur,

M. Lombard, premier conseiller,

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le président-rapporteur L'assesseur le plus ancien

B. GUÉVEL A. LOMBARD

Le greffier

B. VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.