Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204423

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204423
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a été saisi par M. A d'une demande de réduction des impositions sur la plus-value immobilière réalisée en 2021, contestant le refus de l'administration de déduire des dépenses de travaux du prix d'acquisition. L'administration a partiellement fait droit à la demande en accordant un dégrèvement de 178 euros, mais a maintenu le refus pour les travaux allégués, faute de justificatifs probants. Le tribunal, appliquant les articles 150 VB du code général des impôts et 74 SI de son annexe II, a jugé que la facture produite, datée postérieurement à la cession et comportant des incohérences, ne constituait pas une preuve suffisante de la réalité et du paiement des travaux. En conséquence, il a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2022, M. C A demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti à raison d'une plus-value immobilière réalisée en 2021.

Il soutient que son notaire a adressé aux services fiscaux les justificatifs nécessaires qu'il convient de prendre en considération afin de majorer le prix d'acquisition du bien qu'il a acquis avec M. B.

Par un mémoire enregistré le 27 juin 2023, la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que M. A ayant cédé l'immeuble litigieux moins de cinq ans après son acquisition, le prix d'acquisition ne peut être majoré que des seules dépenses effectivement supportées et réalisées par une entreprise sur présentations des justificatifs ; la facture brouillon établie par la société CNPC, jointe à la requête et adressée antérieurement par le notaire, ne peut être considérée comme un document suffisant pour justifier la nature, le montant ainsi que le paiement des travaux réalisés dès lors qu'elle est datée postérieurement à la date de cession du bien, que le numéro de client y figurant n'est pas cohérent avec le numéro de devis mentionné, que l'adresse du chantier n'y est pas précisée et que le requérant ne justifie pas l'avoir acquittée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. MM. A et B ont acquis le 21 janvier 2021, en indivision à hauteur de 50 % chacun, un appartement et ses dépendances dans un ensemble immobilier situé 86 B rue du Parc à Orléans au prix de 75 000 euros. Le 15 décembre 2021, ils ont revendu ce bien pour un prix de 180 000 euros. A l'appui de la réquisition de publier adressée au service de publicité foncière, une déclaration de plus-value immobilière a été déposée mentionnant une plus-value imposable à hauteur de 49 587 euros au nom de M. A à l'impôt sur le revenu au taux de 19 % pour un montant de 9 422 euros et aux prélèvements sociaux au taux de 17,20 % pour un montant de 8 529 euros. La plus-value ainsi imposée a été déterminée sans déduction d'aucun frais pour travaux. Par un courrier électronique du 10 février 2022, le notaire du requérant a adressé à l'administration fiscale une déclaration de plus-value rectificative déduisant du montant initial de la plus-value le montant de travaux effectués dans l'appartement. Par une décision du 12 octobre 2022, l'administration a refusé de faire droit à la demande de remboursement présentée par M. A à défaut de production des justificatifs sur les dépenses de travaux malgré une demande de régularisation adressée le 23 juin précédent. A la suite d'une nouvelle réclamation présentée le 15 novembre 2022, le service, le 12 mai 2023, a admis en déduction de la plus-value, au titre des dépenses venant minorer le prix de cession, les honoraires facturés par la société Geomexpert mais a refusé une nouvelle fois de prendre en considération les dépenses de travaux alléguées pour un montant total de 33 088 euros et, en conséquence, n'a accordé à l'intéressé qu'un dégrèvement partiel des impositions en litige à hauteur de 178 euros.

Sur l'étendue du litige :

2. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, par une décision du 12 mai 2023, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a prononcé un dégrèvement partiel des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. A a été assujetti au titre de l'année 2021. Il n'y a donc plus lieu de statuer à hauteur de 178 euros sur les conclusions présentées par M. A.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

3. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I.- Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques (), lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis (), sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH () ". L'article 150 V du même code prévoit que : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant ". Aux termes de l'article 150 VB du même code : " I. - Le prix d'acquisition est le prix effectivement acquitté par le cédant, tel qu'il a été stipulé dans l'acte () / II.- Le prix d'acquisition est, sur justificatifs, majoré : () / 4° Des dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration, supportées par le vendeur et réalisées par une entreprise depuis l'achèvement de l'immeuble ou son acquisition si elle est postérieure, lorsqu'elles n'ont pas été déjà prises en compte pour la détermination de l'impôt sur le revenu et qu'elles ne présentent pas le caractère de dépenses locatives () ". Il résulte de ces dispositions que le cédant d'un immeuble peut majorer, pour la détermination du montant de sa plus-value immobilière, le prix d'acquisition de ce dernier du montant des dépenses qu'il a exposées pour y faire réaliser, par une entreprise, une ou plusieurs des prestations de travaux qu'elles mentionnent. Aux termes de l'article 74 SI de l'annexe II au même code : " Les pièces justifiant des frais ou charges mentionnés au () II de l'article 150 VB du code général des impôts sont fournies par le contribuable sur demande de l'administration () ". Il incombe en tout état de cause au contribuable de justifier des dépenses dont il demande la prise en compte pour la détermination du prix d'acquisition de l'immeuble objet de la plus-value, notamment de leur paiement effectif et de ce qu'elles sont justifiées par la réalité des travaux entrepris.

4. M. A soutient qu'il est fondé à obtenir la réduction des impositions litigieuses résultant de la réévaluation du montant de la plus-value immobilière par la prise en compte d'un montant total de travaux de 33 088 euros correspondant à la facture établie par la société CNPC qu'il produit à l'instance. Toutefois, la facture " brouillon " qu'il produit à l'appui de sa réclamation, qui au demeurant est datée d'une date postérieure à la cession du bien, ne comporte pas la mention précise du lieu d'exécution des travaux et ne permet pas d'établir que M. A en aurait effectivement acquitté le montant. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a refusé au requérant la majoration du prix d'acquisition de l'appartement du montant de ces dépenses.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin de réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de la plus-value immobilière réalisée à l'occasion de la cession du bien situé 86 B rue du Parc à Orléans doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de réduction présentées par M. A à hauteur de la somme de 178 euros.

Article 2 : Les conclusions à fin de réduction présentées par M. A sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.