Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204503
mercredi 19 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | SELARL STRATEM AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 20 décembre 2022, le 15 février 2023 et le 9 mars 2023, M. A C, représenté par Me Benoît, demande au tribunal:
1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire et les retraits de points afférents aux infractions des 14 janvier 2022, 14 mars 2020 et 30 septembre 2020 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de créditer de neuf points le capital de son permis de conduire, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a formé des réclamations motivées contre les infractions mentionnées dans la décision 48 SI ;
- il n'a pas reçu l'information préalable des articles L. 223-3 et R 223-3 du code de la route.
Par un mémoire enregistré le 15 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la délivrance de l'information préalable :
1. La délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
2. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article
A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.
3. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit la copie des procès-verbaux électroniques afférents aux infractions des 14 janvier 2022, 14 mars 2020 et 30 septembre 2020, qui sont signés par le requérant et comportent l'ensemble des informations prévues par les dispositions précitées du code de la route. Le moyen doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne la réalité de l'infraction :
4. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ".
5. Le relevé d'information intégral du permis de conduire du requérant mentionne que les infractions des 14 mars 2020, 14 janvier 2022 et 30 septembre 2020 ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire pour le recouvrement de l'amende forfaitaire majorée.
6. Le requérant produit un avis d'audience daté du 2 février 2023 afférent à l'infraction du 14 janvier 2022, qui mentionne que le titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée doit être annulé et qu'une demande de restitution de points est notifiée au service du fichier national des permis de conduire, ainsi qu'un avis d'audience du 23 février 2023 mentionnant qu'il est mis fin à la procédure de recouvrement simplifiée de l'amende de l'infraction du 30 septembre 2020. Il suit de là que M. C, qui établit que ses réclamations dirigées contre les titres exécutoires ont été jugées recevables, est fondé à demander l'annulation du retrait de points afférent aux infractions du 30 septembre 2020 et du 14 janvier 2022 ainsi que, par voie de conséquence, de la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 4 novembre 2022, dès lors que le solde de son capital de points n'était pas nul à la date de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de munir le capital de points du permis de conduire du requérant de six points, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme que demande le ministre de l'intérieur et des outre-mer. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le requérant sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 4 novembre 2022, ensemble les decisions de retrait de points afférentes aux infractions du 30 septembre 2020 et du 14 janvier 2022 sont annulées.
Article 2: Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de munir de six points le capital du permis de conduire de M. C, dans la limite du capital maximum, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3: Les conclusions de la requête de M. C sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Les conclusions présentées par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Luc B
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.