Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300238

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme A, ressortissante guinéenne, qui contestait l'arrêté préfectoral du 10 janvier 2023 refusant son admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et de défaut d'examen de sa situation, faute pour la requérante d'avoir informé l'administration de la naissance de son second enfant. Saisi sur le fondement de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, le juge a estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, compte tenu de ses attaches en Guinée et de son maintien irrégulier en France. La solution retenue s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Laurent Toubale, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié d'une délégation de compétence ou de pouvoir du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté présente un défaut d'examen particulier de sa situation, dès lors qu'il ne mentionne pas l'existence de son second enfant née le 10 octobre 2022 ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle vit en France aux côtés de son conjoint, ressortissant guinéen, qui exerce une activité salariée, et de leurs deux enfants nés le 6 mai 2021 et le 10 octobre 2022 ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de la République de Guinée, née le 16 avril 1989 à Kindia, déboutée du droit d'asile, a déclaré être entrée en France le 10 août 2018, sans toutefois en justifier. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Par arrêté du 25 janvier 2021, régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de préfecture de Loir-et-Cher, a reçu délégation du préfet de Loir-et-Cher pour signer les actes relatifs à la police et au séjour des étrangers. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, signé par M. C, doit être écarté.

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de Loir-et-Cher s'est livré à un examen complet et circonstancié de la situation personnelle de Mme A au regard des informations portées à sa connaissance. Si la requérante soutient que l'arrêté contesté ne mentionne pas l'existence de son second enfant né le 10 octobre 2022, elle ne justifie pas en avoir informé la préfecture, alors que sa demande d'admission au séjour, présentée le 10 décembre 2021, n'a été complétée que les 14 janvier 2022 et 18 février 2022, soit antérieurement à ladite naissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressée doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Si Mme A, veuve, se prévaut de ce qu'elle vit en union libre avec un ressortissant guinéen, qui exerce une activité d'intérimaire, avec lequel elle a eu deux enfants nés en 2021 et 2022, il ressort des pièces du dossier qu'elle est mère de deux autres enfants nés en 2008 et 2010 d'une précédente union et résidant en République de Guinée où elle-même a vécu près de 30 ans et où rien ne fait obstacle à ce que la vie conjugale et familiale se poursuive dans le pays d'origine commune aux deux compagnons. Au demeurant, la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de 2019 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et une décision de 2020 de la cour nationale du droit d'asile, s'est soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 4 juin 2020. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président-rapporteur,

M. Lombard, premier conseiller,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

B. GUÉVEL

L'assesseur le plus ancien,

A. LOMBARD

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300238