Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300301
jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300301 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET STRATEM AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier 2023 et le 23 octobre 2023, la SCI La Fame et M. B A, représentés par Me Benoît, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Bourges a accordé un permis de construire à la société GLS Patrimoine pour la réhabilitation de bureaux en logements ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bourges la somme de 1 000 euros à verser à chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bourges ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bourges ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bourges ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 12 et de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 7 novembre 2023, non communiqué, la commune de Bourges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté et du défaut d'intérêt à agir des requérants ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la société GLS Patrimoine qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Benoit représentant la SCI la Fame et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 août 2020, la société GLS Patrimoine a déposé une demande de permis de construire pour la réhabilitation de bureaux en trois logements sur un terrain situé 5A rue des chalets sur le territoire de la commune de Bourges (Cher). Par un arrêté du 4 novembre 2020, le maire de la commune a délivré le permis de construire. Par la requête ci-dessus analysée, les requérants demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bourges, applicable à la date de l'arrêté litigieux : " () Pour être constructibles, les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées, soit directement, soit le cas échéant, par l'intermédiaire d'un passage sur fonds voisin consenti ou obtenu en application de l'article 682 du code civil, dans les conditions répondant à l'importance ou à la destination de l'immeuble, au nombre de véhicules, et présentant des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie, de la protection civile et des véhicules d'enlèvement de services () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la voie de desserte du projet est la rue des Chalets, dont il n'est pas contesté qu'elle présente des conditions de sécurité suffisante et l'accès à la parcelle depuis cette voie se fait par un droit de passage conventionnellement établi et qui présente, tel que cela ressort du plan de masse du dossier de demande de permis de construire, une largeur de 5,77 mètres, laquelle est suffisante pour permettre l'accès au projet de 3 logements. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette voie ne permettrait pas de satisfaire aux exigences de la défense contre l'incendie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du PLU de Bourges, en vigueur à la date de l'arrêté litigieux et applicable à la création de logements par changement de destination de bureaux existants, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement du PLU : " () Pour être constructible, un terrain doit être desservi par le réseau public d'alimentation en eau potable d'une capacité adaptée aux activités envisagées. () Pour être constructible, un terrain doit être desservi par le réseau public d'électricité d'une capacité adaptée aux activités envisagées () Les imperméabilisations nouvelles doivent donner lieu à la mise en place de dispositifs permettant la collecte, l'infiltration ou la rétention et l'évacuation des eaux pluviales. Le constructeur prend les dispositions nécessaires pour retenir ou infiltrer les eaux pluviales des espaces privés conformément au règlement d'assainissement eaux pluviales annexé au présent règlement. () "
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment du formulaire cerfa du dossier de demande de permis de construire que le projet porte sur des travaux sur construction existante puisqu'il consiste en la réhabilitation d'anciens bureaux en logements. Il ressort également de l'arrêté litigieux que celui-ci est assorti de prescriptions résultant des avis émis par ENEDIS et du gestionnaire des réseaux d'assainissement eaux usées - eaux pluviales et d'eau potable. Aux termes de ces prescriptions, d'une part, le réseau public de distribution d'électricité est susceptible d'accueillir le raccordement du projet pour une puissance de 36 kVa triphasé ; d'autre part, pour les eaux usées, un collecteur est présent rue des Chalets et le raccordement se fera via le branchement existant déjà en place ; enfin, pour les eaux pluviales, le pétitionnaire devra se conformer aux dispositions réglementaires en vigueur et, pour l'eau potable, le raccordement se fera via le branchement AEP existant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement du PLU doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 4 du règlement du PLU : " Dans toute la zone UA, sauf dispositions spécifiques à des secteurs : () Déchets : Pour les constructions groupées, les immeubles ou les constructions à usage d'activité, les containers nécessaires à la collecte des déchets doivent être installés dans un lieu adapté permettant une insertion harmonieuse de ces dispositifs ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit bien, au sud du terrain d'assiette et à proximité de l'accès, un espace " Poubelles " dont il n'est pas établi qu'il serait inadapté pour recevoir les containers nécessaires à la collecte des déchets ni qu'il ne serait pas harmonieusement inséré. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 4 du règlement du PLUdoit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 12 du règlement du PLU : " En plus des dispositions particulières aux zones, sur l'ensemble du territoire de la commune : Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions ou installations autorisées dans la zone doit être assuré sur le terrain ou dans son environnement proche, dans un rayon de 300 mètres, en dehors des voies ouvertes à la circulation du public. () La suppression d'espaces de stationnement existants doit trouver une compensation. Les aires de stationnement à l'air libre doivent être délimités précisément sur le plan d'aménagement des abords ". Aux termes de l'article UA 12 du règlement du PLU, fixant les obligations imposées aux constructeurs en matière de réalisation d'aires de stationnement : " 1. Stationnement automobile pour la construction neuve. Pour les opérations comprenant plus d'un logement non aidé (hors maison individuelle), il doit être prévu au minimum 1 place par tranche complète de 50 m² de surface de plancher, plafonné à 1 place par logement. () Dans les secteurs indicés " o " () il doit être prévu 1 place par tranche complète de 50 m² de surface de plancher. 2. Stationnement 2 roues pour la construction neuve. Pour une construction à usage de logements (comprenant plus d'1 logement) (hors maison individuelle), il doit être prévu un local, de préférence clos, couvert, éclairé et aménagé, d'une surface d'au moins 1 m² par tranche complète de 50 m² de surface de plancher avec un minimum de 10 m². () Dans les secteurs indicés " o ", pour les constructions nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif, le nombre de places à réaliser est déterminé en tenant compte : - de leur nature, - du taux et du rythme de la fréquentation, - de leur situation géographique au regard des transports en commun et des parkings publics existants à proximité, - de leur regroupement et du taux de foisonnement envisageable. () 3. Pour la réhabilitation d'immeubles existants ou les changements de destination : Parties existantes de l'immeuble, sauf dans les secteurs indicés " o " : Sans objet. Parties existantes de l'immeuble dans les secteurs indicés " o " : les besoins en stationnement sont calculés sur la base des ratios définis aux paragraphes 1 et 2. Pour les parties neuves de l'immeuble, les besoins en stationnement sont calculés sur la base des ratios définies aux paragraphes 1 et 2. Pour les changements de destination dans les secteurs indicés " o " les besoins en stationnement sont calculés sur la base des ratios définies aux paragraphes 1 et 2 ".
9. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 5 que le projet consiste en la réhabilitation d'anciens bureaux en 3 logements impliquant de ce fait un changement de destination. Les travaux portent sur des parties existantes de l'immeuble et consistent notamment en la suppression des alleges et leur remplacement par des portes. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la parcelle du projet serait classée, par le règlement graphique du plan local d'urbanisme de la commune applicable à la date de l'arrêté litigieux, dans un secteur indicé " o " de la zone UA, les requérants indiquant eux-mêmes que la parcelle est située en zone UA sous-secteur p4. Or, l'article UA 12 du règlement du PLU, notamment son point 3 applicable pour la réhabilitation d'immeubles existants ou les changements de destination, indique que la réalisation d'aires de stationnement est " sans objet " pour les travaux portant sur les parties existantes d'un immeuble situé en dehors d'un secteur indicé " o ". Par suite, les dispositions du PLU n'imposent pour le projet litigieux aucune aire de stationnement, sans que les requérants puissent utilement invoquer la circonstance que la rue des Chalets serait déjà encombrée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 8 doit dès lors être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI la Fame et M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI la Fame est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI la Fame, à M. B A, à la commune de Bourges et à la société GLS patrimoine.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.