Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300378
mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300378 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL KOS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 janvier, 24 avril et le 15 juin 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler le refus du centre hospitalier intercommunal d'Amboise-Château-Renault de lui communiquer les documents visés dans l'avis C d'accès aux documents administratifs, à l'exception des prescriptions médicales ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de lui communiquer ces documents sans délai.
Elle soutient que :
- elle est fondée à demander la communication de ces documents en application des articles R. 343-4 et R. 343-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a reçu les informations complémentaires de son dossier médical mais n'a toujours pas reçu, en revanche, le contenu de(s) l'e-mail(s) envoyé(s) par l'assistante sociale du centre hospitalier qui concerne " l'histoire de son errance ", " la relation avec les soignants et dans son foyer " et " les liens avec sa fille ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le centre hospitalier intercommunal d'Amboise-Château-Renault, représenté par Me Uzel, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en raison du défaut de saisine de la CADA dans le délai prévu ;
- les emails échangés entre l'assistante sociale du foyer Anne Beaujeu ne sont pas communicables car seuls les échanges entre professionnels de santé ou entre les établissements de santé le sont, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, une assistante sociale n'ayant pas la qualité de professionnel de santé et le foyer n'étant pas un établissement de santé mais un établissement médico-social ;
- la lettre de demande d'hospitalisation à la demande d'un tiers n'existe pas dans la mesure où Mme A n'a pas fait l'objet d'une telle hospitalisation ;
- la demande concernant l'ensemble des prescriptions médicales, les certificats médicaux et les avis médicaux est sans objet, ces documents ayant été transmis à la requérante.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rouault-Chalier,
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 mars 2021, Mme B A a adressé au centre hospitalier intercommunal d'Amboise-Château-Renault une première demande de communication de son dossier médical à laquelle il a été répondu positivement. Le 28 juin 2021, elle a sollicité la communication d'éléments supplémentaires comprenant le dossier du CMP (centre médico-psychologique), la lettre d'hospitalisation à la demande d'un tiers, les certificats et avis médicaux ainsi que les prescriptions thérapeutiques et les emails échangés avec l'assistante sociale du foyer Anne de Beaujeu à propos de " l'histoire de son errance ", de " la relation avec les soignants et dans son foyer " et des " liens avec sa fille ". Le 26 juillet 2021, elle a demandé la communication de " la note jointe concernant le placement de [sa] fille par l'ASE à l'IDEF ". Par un courrier du 21 septembre 2021, le centre hospitalier intercommunal d'Amboise-Château-Renault lui a transmis les prescriptions thérapeutiques mises en œuvre au cours de son séjour ainsi que les feuilles de surveillance infirmière et l'a invitée à venir récupérer sur place les travaux réalisés avec l'artiste peintre, mais a refusé, en revanche, de lui communiquer les emails échangés avec l'assistante sociale du foyer et la demande de soins psychiatriques à la demande d'un tiers. A la suite de la saisine par Mme A C d'accès aux documents administratifs enregistrée le 7 novembre 2022, cette dernière a émis, le 15 décembre 2022, un avis favorable, concernant la communication des certificats et avis médicaux, des prescriptions médicales et des emails échangés entre le centre hospitalier et l'assistante sociale du foyer. Elle a en revanche émis un avis défavorable quant à la transmission de la lettre d'hospitalisation à la demande d'un tiers. Par sa requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler le refus du centre hospitalier intercommunal d'Amboise-Château-Renault de lui communiquer les documents visés dans l'avis C d'accès aux documents administratifs, à l'exception des prescriptions médicales.
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par Mme A, que le centre hospitalier intercommunal d'Amboise-Château-Renault lui a transmis l'ensemble des prescriptions médicales demandées, ainsi que les avis et certificats médicaux. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ces demandes qui ont perdu leur objet en cours d'instance.
Sur le surplus des conclusions :
3. Aux termes de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical (). / Les informations à caractère médical sont communiquées à l'intéressé, selon son choix, directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'il désigne à cet effet, dans le respect des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ". Aux termes de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique : " Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels de santé, par des établissements de santé par des centres de santé, par le service de santé des armées ou par l'Institution nationale des invalides qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention, d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. ".
4. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que les documents composant le dossier médical d'un patient détenu par un établissement de santé revêtent le caractère de documents administratifs communicables à l'intéressé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. Par suite, les échanges de courriels entre une infirmière du centre hospitalier intercommunal d'Amboise-Château-Renault et l'assistante sociale du foyer Anne Beaujeu, dont la requérante sollicite la communication, qui sont relatifs à des informations recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique, ne constituent pas des documents communicables à l'intéressée.
5. En deuxième lieu, si une autorité administrative est tenue de communiquer les documents administratifs qu'elle détient aux personnes qui en font la demande, ce droit à communication ne s'applique toutefois qu'à des documents existants et n'a ni pour objet, ni pour effet de contraindre l'administration à établir un document qui n'existe pas, l'administration n'étant pas davantage tenue d'établir un document en vue de procurer les renseignements ou l'information souhaités.
6. En l'espèce, si la requérante sollicite la communication de la lettre d'hospitalisation à la demande d'un tiers la concernant, il ressort des écritures en défense du centre hospitalier que l'intéressée n'ayant pas fait l'objet d'une hospitalisation d'office, le courrier demandé n'existe pas. En se bornant à indiquer " qu'il est noté dans son dossier qu'une demande d'hospitalisation à la demande d'un tiers a été faite ", sans toutefois produire à l'instance la note à laquelle elle fait référence ni aucune autre pièce attestant de la mise en œuvre d'une telle procédure à son égard, Mme A n'apporte pas d'élément permettant d'établir que le document dont elle demande qu'il lui soit communiqué, existerait effectivement.
7. En dernier lieu, s'agissant de la demande de Mme A concernant les travaux réalisés avec l'artiste peintre, il ressort des termes mêmes de la lettre du 21 septembre 2021 que lui a adressée le centre hospitalier intercommunal d'Amboise-Château-Renault que ce dernier lui a indiqué qu'ils étaient conservés sans limite et qu'elle pouvait venir les récupérer sur place. Dans ces conditions, et alors que la requérante n'établit pas, et ne soutient même pas d'ailleurs avoir donné suite à cette proposition, l'établissement hospitalier doit être regardé comme ayant satisfait à la demande de communication sur ce point.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que le surplus des conclusions à fin d'annulation et les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives aux prescriptions médicales, avis et certificats médicaux.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier intercommunal d'Amboise-Château-Renault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
La magistrate désignée,
La greffière,
Patricia ROUAULT-CHALIER
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.