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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300450

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300450

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 3 février et 20 mars 2023, Mme B C, représentée par Me Gaëlle Duplantier, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le Cameroun comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de l'admettre au séjour le temps de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à partir du délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait car elle n'a jamais été destinataire de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile et par suite, n'a pu faire de recours devant la cour nationale du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne car elle n'a jamais été mise à même de présenter ses observations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Mme C été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 17 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante camerounaise née le 7 janvier 1974, a déclaré être entrée en France le 9 novembre 2019 sous couvert d'un passeport valable du 10 décembre 2018 au 10 décembre 2023 revêtu d'un visa court séjour valable du 5 novembre 2019 au 1er décembre 2020. Le 22 septembre 2020, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 21 septembre 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par l'arrêté attaqué du 19 janvier 2023, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 de la préfète du Loiret :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. /. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 531-19 du même code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 611-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant elle, par la Cour nationale du droit d'asile. En l'absence d'une telle notification, l'autorité administrative ne peut regarder l'étranger à qui l'asile a été refusé comme ne bénéficiant plus de son droit provisoire au séjour ou comme se maintenant irrégulièrement sur le territoire. En cas de contestation sur ce point, il appartient à l'autorité administrative de justifier que la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides ou de la Cour nationale du droit d'asile a été régulièrement notifiée à l'intéressé, le cas échéant en sollicitant la communication de la copie de l'avis de réception auprès de l'office.

4. La requérante soutient qu'elle n'a jamais eu connaissance de la décision du 21 septembre 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile et qu'elle n'a pu dès lors former un recours contre cette décision devant la cour nationale du droit d'asile. Elle fait valoir qu'elle n'a reçu aucun avis de passage et produit, notamment, un courriel adressé le 5 octobre 2022 par la responsable du SPADA COALLIA d'Orléans qui héberge la requérante selon lequel l'intéressée n'a pas reçu le courrier contenant la décision attaquée.

5. Il ressort des pièces du dossier que le pli contenant la décision du 21 septembre 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides a été adressé le 22 septembre 2022 à la requérante à " COALLIA - DOMICILIATION NUMERO 28 - 45100 ORLEANS " et que le pli a été retourné à l'office le 28 septembre 2022 avec la mention " Défaut d'accès ou d'adressage " et la note manuscrite " Adresse ' " en raison de ce que l'adresse était incomplète car ne précisant pas le numéro de voirie et le nom de la rue du SPADA. En effet, il ressort des mentions du système d'information de l'office français de protection des réfugiés et apatrides que la requérante avait déclaré à l'office être domiciliée depuis le 28 février 2022 " 7 rue Vieille Levée chez SPADA COALLIA DOMICILIATION NUMERO 258 45100 - ORLEANS ". Ainsi, en raison du caractère incomplet de l'adresse de l'intéressée mentionnée sur le pli adressé par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, ce pli contenant la décision du 21 septembre 2022 de l'office n'a pas été délivré à la requérante. Par suite, la décision du 21 septembre 2022 n'ayant pas été régulièrement notifiée à la requérante, la préfète du Loiret ne pouvait prendre l'arrêté attaqué du 19 janvier 2023 l'obligeant à quitter le territoire à destination de son pays d'origine.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 de la préfète du Loiret.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles

L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

8. A la suite de l'annulation d'une décision d'obligation de quitter le territoire, il incombe au préfet, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour mais aussi, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre de séjour. Il y a lieu, dès lors, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de prescrire à la préfète du Loiret de se prononcer sur la situation de Mme C dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2023. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que le conseil de Mme C renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil de Mme C de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 janvier 2023 de la préfète du Loiret obligeant Mme C à quitter le territoire français à destination du Cameroun est annulé.

Article 2 : La préfète du Loiret se prononcera sur la situation de Mme C dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Gaëlle Duplantier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que Me Duplantier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel A

La greffière,

Florence PINGUET- COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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