Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300530

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL ALCIAT JURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2023, M. B A, représenté par la Selarl Alciat juris, avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet du Cher lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement, a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cher, en cas d'annulation du refus de renouvellement de son titre de séjour, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et dans cette attente de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Cher en cas d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des éléments de sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'un défaut de motivation et, est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français étant l'accessoire de l'obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité, elle sera annulée pour défaut de base légale ;

- la décision l'assignant à résidence sera annulée en conséquence de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et lui faisant interdiction de retour pendant un an.

Par un mémoire enregistré le 14 février 2023, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 22 septembre 2000 est entré régulièrement en France en compagnie de sa mère le 23 septembre 2001 et y réside depuis de manière continue. Il s'est vu délivrer un titre de circulation pour étranger mineur en août 2004, renouvelé en juin 2009 et juin 2014. A sa majorité, il s'est vu délivrer au titre du regroupement familial un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", renouvelé les 4 août 2020 et 3 août 2021. Le 28 juin 2022 il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour et, par un arrêté du 24 janvier 2023 le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de sa décision d'éloignement, a également pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an, l'a informé de ce qu'un signalement aux fins de non admission était effectué dans le système d'information Schengen et l'a assigné à résidence dans le département du Cher pour une durée de 45 jours. M. A demande l'annulation de l'ensemble des décisions contenues dans cet arrêté dont il a reçu notification le 26 janvier 2023 par voie postale.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-3 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour et assignant à résidence, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

3. Il s'ensuit que les conclusions de la requête aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet du Cher du 24 janvier 2023, en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A, doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision et les conclusions relatives aux frais d'instance.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Lorsque l'administration oppose le motif tiré de la menace pour l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A soutient par la voie de l'exception que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour laquelle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision du préfet refusant de renouveler le titre de séjour du requérant est fondée sur la circonstance que le comportement de M. A constitue une atteinte grave, avérée et actuelle à l'ordre public. Il précise sur ce point que l'intéressé est connu du fichier des antécedents judiciaires depuis 2014 et qu'il a commis des faits répréhensibles chaque année depuis cette date, dont des délits de vol, vol aggravé et vol avec violence, dont la gravité va croissant. Dans ses écritures en défense le préfet a en outre fait valoir que M. A a été condamné le 9 décembre 2020 à 500 euros d'amende pour réitération à plus de 3 reprises dans un délai de 30 jours, de violation des interdictions ou obligations édictées dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, le 12 novembre 2022 à 400 euros d'amende et à une interdiction de conduire un véhicule à moteur pendant 6 mois pour avoir conduit un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, sous l'empire d'un état alcoolique et sans permis de conduire, le 25 février 2022 à 4 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire de 2 ans et obligation de se soumettre à des mesures, examens de contrôle, traitement ou soins même sous le régime de l'hospitalisation et obligation de justifier de l'acquittement des sommes dues au Trésor public, obligation de réparer les dommages causés par l'infraction même en l'absence de décision sur l'action civile, obligation d'exercer une activité professionnelle, suivre un enseignement ou une formation professionnelle et à 500 euros d'amende pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et usage illicite de stupéfiants.

7. Si le comportement de l'intéressé qui ne conteste notamment pas avoir commis des faits de violence sur sa compagne, constitue une menace à l'ordre public en raison multiplicité et de la réitération des faits reprochés, celui-ci indique qu'il s'est engagé dans une démarche de réhabilitation et bénéficie d'un suivi par le service pénitentiaire d'insertion et de probation, produisant à l'appui de ses allégations des bulletins de salaire concernant des missions temporaires accomplies entre septembre 2021 et février 2022, puis entre les mois de juin à octobre 2022. En outre, il n'est pas contesté qu'il est entré mineur sur le territoire, à l'âge d'un an, dans le cadre de la procédure de regroupement familial, que ses parents ainsi que ses quatre frères et sœurs résident sur le territoire français, que lui-même réside chez ses parents et qu'il a toujours vécu en France où il a effectué l'intégralité de sa scolarité. Dans ces conditions, eu égard sa durée de présence en France où réside l'ensemble de sa famille, le refus de renouvellement de son titre de séjour apparaît entaché d'une erreur dans l'appréciation de l'ensemble de sa situation et porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, il est fondé à exciper de son illégalité à l'appui de sa demande d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet du Cher a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination, prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et l'assignant à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L.741-1 et L.743-13 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. Le présent jugement qui annule l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire et les décisions accessoires implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet du Cher réexamine la situation administrative de M. A et lui délivre sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant la durée de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A dirigées contre la décision du 24 janvier 2023 portant refus de renouvellement de son titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de l'instance sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Les décisions du 24 janvier 2023, prises à l'encontre de M. A, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, prononçant une interdiction de retour et l'assignant à résidence sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Cher de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision et de le munir, dans l'attente de ce réexamen et sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Il est également enjoint au préfet du Cher de mettre un terme du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Cher.

Copie en sera adressée pour information au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bourges

Rendu public par mise à disposition au greffe du le 17 février 2023.

Le magistrat désigné,

Hélène C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet du Cher, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.