Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300654
mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300654 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, Mme A C, représentée par Sarah Attali, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 du préfet d'Indre-et-Loire refusant le renouvellement de son attestation de demande d'asile, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la République Démocratique du Congo comme pays de destination de sa reconduite.
2) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard dans l'attente de l'examen de sa situation familiale ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- le préfet n'était pas tenu de refuser le renouvellement de son attestation de demandeur d'asile ;
- l'arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante de la République Démocratique du Congo née le 24 janvier 1983, a déclaré être entrée en France le 11 janvier 2020. Le 29 juin 2020, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 30 septembre 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 15 novembre 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 5 janvier 2023, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine.
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable depuis le 1er mai 2021 : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
3. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels le préfet l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, quel que soit le bien-fondé de ses motifs, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'arrêté rappelle la nationalité de la requérante et précise qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision ne contrevient pas, notamment, à l'article 3 de cette convention. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-3 du code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. ". Dès lors que la requérante ne bénéficiait plus du droit de séjourner en France à la date de l'arrêté attaqué à la suite du rejet de sa demande d'asile et de sa demande de réexamen de cette demande, le préfet d'Indre-et-Loire était en droit, en vertu de ces dispositions de lui retirer son attestation de demande d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la même convention : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6 En se prévalant de ces stipulations, la requérante soutient qu'elle craint des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine, que sa présence en France ne porte pas atteinte à l'ordre public et qu'elle vit en concubinage avec un homme reconnu réfugié politique également de nationalité congolaise avec lequel elle a conclu un pacte civil de solidarité le 2 décembre 2022. Toutefois, elle est entrée assez récemment en France, le 11 janvier 2020, et s'est maintenue sur le territoire français malgré les décisions administratives et juridictionnelle dont il est fait état au point 1. Elle est célibataire et mère d'une fille de douze ans. Par ailleurs, elle n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvue de liens familiaux dans son pays d'origine dans lequel réside sa fille de douze ans. Elle ne justifie pas de la réalité de son concubinage avec un compatriote reconnu réfugié politique et avoir conclu un pacte civil de solidarité. Par suite, même si elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, l'obligation de quitter le territoire ne porte pas au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle été prise. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
7. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si la requérante se prévaut de ces stipulations, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait l'objet de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. D'ailleurs, sa demande d'asile et sa demande de réexamen de cette demande ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi attaquée ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée y compris ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet
d'Indre-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel B
La greffière,
Florence PINGUET-COMMEREUC
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.