Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300704
jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300704 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 février 2023 et le 19 mai 2023, M. B A, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou subsidiairement de réexaminer sa demande et de l'admettre au séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation de sa situation, dès lors qu'il remplit les conditions posées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour se voir délivrer un titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public, autorisé par Mme Lesieux, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.
Le rapport de Mme Bernard a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, née le 3 février 1989, déclare être entré en France le 30 juin 2018. Le 2 décembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de son état de santé. Par un arrêté du 19 juillet 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'édicter cette décision.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".
4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. Pour refuser d'admettre au séjour M. A, la préfète du Loiret s'est, notamment, fondée sur l'avis rendu le 27 avril 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont elle s'est appropriée les termes, selon lequel l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard, à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Guinée, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. Le requérant conteste cette appréciation, en faisant valoir qu'il est atteint du virus de l'hépatite B et en produisant des convocations et résultats d'examens biologiques attestant de son suivi médical au centre hospitalier universitaire d'Orléans. Toutefois, ces documents n'apportent aucune précision sur une éventuelle indisponibilité d'un traitement adapté en Guinée. La seule production d'un article d'un groupement bénévole, daté de 2018, attestant au demeurant de la mise en place d'un programme international pour une meilleure prise en charge des patients atteints de l'hépatite B en Guinée, ne saurait suffire à contredire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur lequel est notamment fondée la décision attaquée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus. Les moyens doivent, par suite, être écartés.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 19 juillet 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du 19 juillet 2022 doivent être rejetées.
Sur les autres conclusions :
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
Pauline BERNARD
La présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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