Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300736

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A, ressortissant géorgien, contestant l'arrêté du préfet d'Indre-et-Loire du 24 janvier 2023 refusant son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a jugé que la seule production d'une promesse d'embauche ne constitue pas un motif exceptionnel justifiant la délivrance d'un titre de séjour "salarié", et que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Par conséquent, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour de deux ans ont été maintenues.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, M. B A, représenté par Me Alquier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de délivrance d'un titre de séjour a été pris en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans méconnaît ces mêmes stipulations ainsi que les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public, autorisé par Mme Lesieux, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Le rapport de Mme Bernard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant géorgien né le 16 novembre 1981, déclare être entré en France en novembre 2015. Après s'être vu délivrer des autorisations provisoires de séjour et des cartes de séjour temporaires du 15 janvier 2016 au 2 avril 2020, en raison de son état de santé, sa demande de renouvellement de titre de séjour a été rejetée par un arrêté du préfet d'Indre-et-Loire du 2 novembre 2020, portant également obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 1er juillet 2021. Le 7 juin 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant d'une promesse d'embauche. Par un arrêté du 24 janvier 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de cet article, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient en effet à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. M. A se prévaut de la perspective de s'installer durablement en France en travaillant dans une entreprise spécialisée dans la réparation des carrosseries de voiture, dont il allègue qu'elle rencontre des difficultés à recruter des salariés compétents. Toutefois, la seule production d'une promesse d'embauche ne saurait suffire à justifier de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce alors que l'intéressé ne se prévaut d'aucune qualification, expérience ou diplôme particulier en rapport avec l'emploi proposé. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a vécu régulièrement en France de 2016 à 2020 sous couvert d'autorisations provisoires de séjour et de titres de séjour délivrés en raison de son état de santé, il est célibataire et sans enfant à charge, et ne démontre pas être dépourvu de liens familiaux et amicaux en Géorgie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. Par suite, M. A n'apporte aucun élément caractérisant l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 cité ci-dessus. Il en résulte que le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il résulte des éléments évoqués au point 4 que M. A ne démontre pas disposer en France de liens particuliers ni y avoir établi le centre de ses intérêts personnels. Par suite, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

8. Dans les circonstances rappelées aux points précédents, eu égard notamment aux faits qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré, qu'il est dépourvu d'attaches familiales en France et qu'il ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas, en assortissant l'obligation de quitter le territoire français faite à M. A dans le délai de trente jours, d'une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant la durée de cette interdiction à deux ans, fait une inexacte application des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que précédemment énoncés, le préfet n'a pas non plus porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, eu égard aux buts en vue desquels la décision en litige a été édictée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet d'Indre-et-Loire du 24 janvier 2023 doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

11. En premier lieu, le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

12. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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