Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301313
vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, sous le numéro 2301313, Mme D F épouse A, représentée par la SELARL Equation Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision implicite de rejet attaquée méconnaît l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 10 février 2023.
II. Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, sous le numéro 2301314, M. E A, représentée par la SELARL Equation Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet attaquée méconnaît l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 10 février 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Toullec.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2301313 et 2301314 visées ci-dessus, présentées pour Mme D A et M. E A, concernent un couple de ressortissants étrangers, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme A, ressortissants mongols nés respectivement le 20 octobre 1978 et le 10 septembre 1975, résident en France respectivement depuis le 28 décembre 2004 et depuis le 5 mars 2005. Trois enfants sont nés de leur union, les 27 octobre 2005 et 16 juillet 2010. Les intéressés ont disposé de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " régulièrement renouvelés depuis 2016. Ils ont présenté, le 19 mai 2022, une demande de carte de résident de dix ans. Le préfet d'Indre-et-Loire, qui leur a délivré deux nouvelles cartes de séjour pluriannuelles, a implicitement rejeté leurs demandes. M. et Mme A demandent l'annulation de ces décisions implicites qui sont nées le 19 septembre 2022.
3. Aux termes de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. / La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / L'enfant visé au premier alinéa s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".
4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants ont disposé de cartes pluriannuelles d'une durée de deux ans, portant la mention " vie privée et familiale ", délivrées la première fois le 3 novembre 2016 et régulièrement renouvelées le 3 novembre 2018 et le 3 novembre 2020. Par ailleurs, leurs enfants, C et B, nées le 27 octobre 2005, ont acquis la nationalité française par déclaration le 10 novembre 2021. Il n'est pas contesté que les requérants continuent de remplir les conditions prévues pour l'obtention d'une carte de séjour prévue à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants ne respecteraient pas les conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. et Mme A sont dès lors fondés à soutenir que les décisions implicites de rejet méconnaissent l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen des requêtes, que les décisions implicites de rejet du 19 septembre 2022 doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif qui la fonde, que le préfet d'Indre-et-Loire délivre à M. et Mme A une carte de résident d'une durée de dix ans sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de prendre cette décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. M. et Mme A ont chacun obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 700 euros à Me Rouillé-Mirza dans chacune des instances, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions implicites de rejet du 19 septembre 2022 du préfet d'Indre-et-Loire sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Indre-et-Loire de délivrer à M. et Mme A une carte de résident d'une durée de dix ans dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à l'avocate de M. et Mme A, dans chacune de deux instances, une somme de 700 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rouillé-Mirza renonce à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Mme Mme D A et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURTLa greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2301313