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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301315

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301315

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHOLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 avril 2023 et le 10 août 2023, M. E A, représenté par Me Chollet, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait obligation de se présenter chaque mardi et jeudi à l'hôtel de police d'Orléans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret à titre principal, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour, et à titre subsidiaire, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- en retenant qu'il n'établit pas le caractère réel et sérieux des études poursuivies, la préfète du Loiret a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de fait ;

- en retenant qu'il constitue une menace pour l'ordre public, la préfète du Loiret a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

Sur la décision portant obligation de présentation :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 17 juillet 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant guinéen né le 19 janvier 1995, est entré sur le territoire français de manière régulière le 17 août 2016 muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valable du 28 juillet 2016 au 28 juillet 2017 pour y suivre des études. En application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " renouvelée régulièrement entre 2017 et 2020, puis une carte de séjour pluriannuelle " étudiant " valable du 12 février 2021 au 11 novembre 2022. Le 18 septembre 2022, il a sollicité auprès des services de la préfecture du Loiret le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 433-1 du code précité. Par l'arrêté attaqué du 28 mars 2023, la préfète du Loiret lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait obligation de se présenter deux fois par semaine à l'hôtel de police d'Orléans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, la préfète du Loiret a considéré, d'une part, que compte tenu du nombre de ses redoublements, il n'établissait pas le caractère réel et sérieux des études poursuivies et donc ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions des articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'autre part, que compte tenu de sa condamnation à dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis par jugement du tribunal correctionnel d'Orléans du 5 novembre 2020 pour des faits d'agression sexuelle commis en avril 2020, il constituait une menace pour l'ordre public.

3. Toutefois, en premier lieu aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est inscrit à l'université d'Orléans depuis 2016. S'il n'a validé sa licence que quatre ans après avoir intégré son cursus directement en deuxième année, il ressort toutefois du certificat médical établi le 20 septembre 2017 par le docteur D F, confirmé par un certificat établi le 17 mai 2018 par le docteur C, que le requérant s'est vu contraint d'arrêter ses études pour une durée d'un an pour des raisons médicales. Par ailleurs, il ressort du courrier établi le 31 mars 2023 par le responsable du pôle informatique de l'UFR Sciences et techniques de l'université, M. B, que si M. A n'a pas validé le master 1 MIAGE en 2021-2022, cela résulte du fait qu'il a rencontré des difficultés liées à la crise sanitaire résultant de la pandémie de Covid-19 pour trouver un stage , cependant, l'équipe pédagogique a émis un avis favorable à sa réinscription en apprentissage en 2022 lui permettant ainsi de valider le semestre qui lui manquait puis de s'inscrire en master 2 pour l'année suivante. Enfin, le requérant produit diverses lettres de recommandation notamment du Bureau de recherches géologiques et minières où il a effectué un stage et de la société Promotrans où il travaille dans le cadre d'un contrat d'alternance courant du 5 septembre 2022 au 31 août 2024, faisant état de son assiduité et de son sérieux. Il ressort en outre du courrier du 31 mars 2023 établi par le directeur des systèmes d'information de la société Promotrans que le cursus suivi par M. A lui ouvre des perspectives raisonnables d'embauche. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant, la préfète du Loiret a inexactement apprécié sa situation.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

6. L'arrêté attaqué est par ailleurs fondé sur le motif tiré de ce que la présence du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Toutefois, lorsque l'administration oppose un tel motif, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que M. A a été condamné par le tribunal correctionnel d'Orléans le 5 novembre 2020 pour des faits d'agression sexuelle commis le 19 avril 2020 à une peine d'emprisonnement de dix-huit mois intégralement assortie d'un sursis. Cependant, il ressort des termes mêmes du jugement du tribunal correctionnel que selon l'expert psychiatre requis, M. A ne présente pas de dangerosité pour lui-même ni pour autrui. Par ailleurs, aucune injonction de soins dans le cadre d'un suivi socio-judiciaire n'a été prescrite. Dans ces conditions eu égard, d'une part, aux faits commis près de trois ans avant la date de la décision attaquée, et d'autre part, à l'absence de tout autre antécédent judiciaire, M. A est fondé à soutenir que la préfète, en considérant qu'il constituait une menace pour l'ordre public, a entaché sa décision portant refus de renouvellement de titre de séjour d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui faisant obligation de se présenter deux fois par semaine à l'hôtel de police d'Orléans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, et alors qu'il n'est pas contesté que M. A est inscrit en master 2 MIAGE pour l'année universitaire 2023-2024, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète du Loiret délivre au requérant un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il y a lieu en conséquence d'enjoindre à la préfète du Loiret de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives au frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros réclamé en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 mars 2023 de la préfète du Loiret est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer dans un délai d'un mois un titre de séjour portant la mention " étudiant " à M. A.

Article 3 : La somme de 1 200 euros est mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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