Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301377
mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301377 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 13 avril 2023 et le 13 mai 2024, M. A C, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet du Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Cher de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté attaqué
- la compétence de son auteur n'est pas établie ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation en faits ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour
- elle méconnaît l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'exécution de cette mesure sur sa situation personnelle ;
S'agissant des décisions portant fixation du délai de départ et fixation du pays de renvoi
- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Keiflin.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant algérien né le 2 juillet 1987, est entré régulièrement sur le territoire français, selon ses déclarations, le 21 juillet 2021, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 24 juillet 2021 au 6 novembre 2021. Il a obtenu, le 11 octobre 2021, sur le fondement de son mariage en date du 6 août 2021 avec Mme B, de nationalité française, un certificat de résidence en qualité de conjoint de française valable jusqu'au 10 octobre 2022 dont il a sollicité le renouvellement le 6 septembre 2022. Par arrêté du 20 mars 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions
2. Il résulte de l'arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet a donné délégation de signature à M. Carl Accettone, secrétaire général de la préfecture du Cher, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, contrats et conventions, circulaires, rapports, mémoires, correspondances et saisine des juridictions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Cher () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit donc être écarté.
3. Si M. C soutient que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, il ressort des pièces du dossier qu'il mentionne les éléments de faits relatifs à l'examen de la communauté de vie avec son épouse, à sa situation administrative et personnelle ainsi que les textes sur lesquels il se fonde. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour
4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2, et au dernier alinéa de ce même article. () " .
5. M. C soutient que le préfet du Cher a, à tort, pris la décision attaquée lui refusant le renouvellement du certificat de résidence au motif que la communauté de vie avec son épouse n'est pas avérée dès lors qu'il fait état d'une vie commune avec son épouse depuis leur mariage malgré des difficultés ponctuelles dans leur relation et que s'il a, à plusieurs reprises, été contraint d'aller dormir chez son frère en raison de violentes disputes avec son épouse qui se montre insultante et violente envers lui et l'a déjà blessé lors d'une dispute, il réside toujours avec elle et met tout en œuvre pour préserver son couple.
6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que lors de l'enquête administrative menée par les services du renseignement territorial, le 16 février 2023, pour vérifier l'effectivité de leur communauté de vie, l'épouse de M. C a d'une part informé les enquêteurs que son époux était régulièrement absent du domicile conjugal et présent uniquement pour dormir la nuit, qu'elle a consulté un avocat pour entamer une procédure de divorce et que les difficultés au sein du couple seraient apparues dès la fin septembre 2021 et d'autre part émis l'hypothèse d'un mariage pour obtenir des documents administratifs. Dans ces conditions, la communauté de vie effective entre M. C et son épouse n'est pas établie à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. C se prévaut de sa présence régulière en France depuis juillet 2021 et soutient que le centre de ses attaches privées et familiales est désormais en France et qu'il a une vie commune continue avec son épouse depuis leur mariage, malgré les difficultés ponctuelles dans leur relation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 6, que l'épouse de M. C fait état d'une absence de vie commune dès le mois de décembre 2021 et a affirmé avoir consulté un avocat pour entamer une procédure de divorce. Par ailleurs, si le requérant fait valoir son intégration en France, il ne l'établit pas, et l'intensité et la stabilité des attaches qu'il aurait noué en France en-dehors de sa relation avec son épouse, alors qu'il est sans charge de famille, ne ressort pas des pièces du dossier. Au demeurant, la circonstance que le frère du requérant est présent en France et l'a ponctuellement hébergé lors de difficultés avec son épouse et que plusieurs attestations de collègues de travail anciens et actuels le qualifient de travailleur et ponctuel n'est pas de nature à établir l'intensité et la stabilité de ses relations en France. Il n'est, par ailleurs, pas contesté que M. C conserve des attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans et où vivent ses deux parents. Dès lors, le refus de renouvellement de titre attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français
9. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 à 8, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
10. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 8, notamment de l'absence de communauté de vie effective avec son épouse, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle du requérant ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant fixation du délai de départ et du pays de renvoi
11. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 et 10, le moyen tiré de l'illégalité des décisions portant fixation du délai de départ et du pays de renvoi du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 mars 2023 présentées par M. C ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Cher.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
Mme Keiflin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La rapporteure,
Laura KEIFLIN
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.