Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301475
vendredi 21 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
D une requête enregistrée le 19 avril 2023, M. E B, représenté D Me C, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 D lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'a assigné à résidence dans le département d'Indre-et-Loire pour une durée de quatre-vingt-dix jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions portant assignation à résidence doivent être motivées au sens de l'article
L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doivent comporter, en conséquence, les considérations de droit et de fait au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; le préfet ne fait état d'aucun risque de soustraction à la mesure d'éloignement ;
- le préfet ne justifie pas la perspective raisonnable de son éloignement ;
- l'assignation à résidence peut être décidée pour une durée qui ne peut excéder quarante-cinq jours, renouvelable une seule fois, dans la même limite de durée.
D un mémoire enregistré le 20 avril 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant arménien né en 1979, a fait l'objet d'un arrêté du portant obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire de trente jours assorti d'une interdiction de retour d'une année le 19 décembre 2022, notifié le 11 janvier 2023. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté D un jugement de ce tribunal du 28 février 2023. Le requérant n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire qui lui a été imparti. D un arrêté du 11 avril 2023, le préfet d'Indre-et-Loire l'a assigné à résidence dans le département d'Indre-et-Loire pour une durée de quatre-vingt-dix-jours.
2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ()". Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont, en vertu de l'article L. 732-1 de ce code, motivées.
3. D ailleurs, aux termes de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Et en vertu de l'article L. 732-4 du même code, lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application du 1° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois et peut être renouvelée une fois dans la même limite de durée.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux assignant le requérant à résidence a été édicté sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La durée maximale d'assignation à résidence prévue D ces dispositions ne saurait excéder quarante-cinq jours, cette durée étant renouvelable une seule fois. D suite, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît ces dispositions. A supposer que le préfet d'Indre-et-Loire a entendu demander une substitution de base légale dans son mémoire en défense en invoquant les dispositions de l'article L. 731-3 du même code, ces dispositions ne sont applicables qu'aux étrangers pour lesquels n'existe pas, à la date de la décision, une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement. Or, les motifs de l'arrêté mentionnent que l'éloignement du requérant est une " perspective raisonnable ".
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet d'Indre-et-Loire du 11 avril 2023 l'assignant à résidence.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
6. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. D suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me C, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me C d'une somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 500 euros sera versée à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2: L'arrêté du préfet d'Indre-et-Loire du 11 avril 2023 assignant M. B à residence est annulé.
Article 3: Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que M. C renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera Me C, conseil de M. B, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 500 euros sera versée à M. B.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet d'Indre-et-Loire.
Rendu public D mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Luc A
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.