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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301501

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301501

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantYAMBA-TAMBIKISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, M. C A, représenté par Me Yamba, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration pour défaut de procédure contradictoire préalable ;

- aucun élément ne permet de s'assurer qu'il a pris connaissance de l'arrêté du 1er février 2022 et aurait renoncé aux voies de recours ;

- on ne saurait lui opposer ses conditions d'entrée ni le rejet de sa demande d'asile dès lors qu'il a été statué sur sa situation à l'occasion de l'arrêté du 1er février 2022 ;

- le motif tiré de ce que son comportement constituerait une menace à l'ordre public, qui n'est pas étayé, ne peut suffire à justifier l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- cet arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le tribunal a été informé, le 11 mai 2023, que par une décision du 18 avril 2023, M. A avait été assigné à résidence dans le département d'Indre-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Le Toullec, premier conseiller, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, né le 12 décembre 1990, est entré en France 16 octobre 2016, selon ses déclarations. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et, suite à son identification en Italie, a fait l'objet d'une décision de transfert qui n'a pu être exécutée dans les délais impartis. La France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 juillet 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 décembre 2021. La préfète d'Indre-et-Loire a alors pris à son encontre, le 1er février 2022, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal du 30 mars 2022. M. A, qui s'est maintenu sur le territoire, a été interpellé et placé en garde à vue pour non-respect d'une mesure judiciaire le 18 avril 2023. Par deux arrêtés du même jour, la préfète d'Indre-et-Loire, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département d'Indre-et-Loire à Tours pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prenant à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / [Elle] est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A, qui indique avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de son article L. 614-1, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français et des décisions relatives au délai de départ, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour et, par suite, exclure l'application des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui prévoient l'organisation d'une procédure contradictoire avant l'intervention d'une décision défavorable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance dispositions de l'article L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, qui est inopérant, doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'aucun élément ne permet de s'assurer qu'il a pris connaissance de l'arrêté du 1er février 2022 et aurait renoncé aux voies de recours dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit au point 1, qu'il a formé un recours contre cet arrêté qui été rejeté par un jugement du tribunal du 30 mars 2022.

6. En troisième lieu, l'arrêté rappelle les conditions d'entrée du requérant ainsi que le rejet de sa demande d'asile. Rien ne faisait obstacle à ce que le préfet prenne en compte ces considérations de fait.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet aurait entaché celui-ci d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

8. En cinquième, aux termes de l'article L. 611-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () /4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; /4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". Aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ".

9. Comme le soutient le requérant, le motif tiré de ce que son comportement constituerait une menace à l'ordre public n'est nullement étayé et ne peut par suite fondé l'arrêté attaqué. Par ailleurs, le préfet pouvait également fonder sa décision comme il l'a fait sur le 4° de l'article L. 611-1, quand bien même l'arrêté du 1er février 2022 était fondé sur le même motif. L'obligation de quitter le territoire français sans délai est également fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 et le 3° de l'article L. 612-2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces motifs, qui suffisaient à fonder cette décision et par suite l'interdiction de retour, sont illégaux. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ces motifs légaux.

10. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ces moyens des précisions suffisante permettant d'en apprécier leur bien-fondé.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prenant à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et le préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

La magistrate désignée,

Hélène B

La greffière,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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