jeudi 19 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301508 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SAADA-DUSART |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 avril 2023, le 1er septembre 2023, le 6 novembre 2023, le 13 mars 2024 et le 11 avril 2024, M. A B, représenté par Me Saada-Dusart, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 février 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé de faire droit à sa demande d'octroi de congés bonifiés présentée pour la période du 26 juillet 2023 au 25 août 2023 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 14 900 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation de son préjudice moral et financier ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnait l'article 26 du décret n° 2020-851 du 2 juillet 2020 portant réforme des congés bonifiés dans la fonction publique ;
- l'illégalité de cette décision est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration ;
- il a subi un préjudice moral dont il demande l'indemnisation à hauteur de 10 000 euros et un préjudice financier dont il demande l'indemnisation à hauteur de 4 900 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, car tardive ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 4 mars 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1984 ;
- le décret n° 78-399 du 20 mars 1978 relatif à la prise en charge des frais de voyage du congé bonifié accordé aux magistrats, aux fonctionnaires civils de l'Etat et aux agents publics de l'Etat recrutés en contrat à durée indéterminée ;
- le décret n° 2020-851 du 2 juillet 2020 portant réforme des congés bonifiés dans la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Garros,
- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, surveillant pénitentiaire, est affecté au centre de détention de Châteaudun. Il a présenté une demande de congés bonifiés pour la période du 26 juillet au 25 août 2023. Par une décision du 24 février 2023, dont il demande l'annulation, le sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales du ministère de la justice a refusé de faire droit à cette demande.
2. Par un courrier notifié le 4 septembre 2023 au garde des sceaux, ministre de la justice, resté sans réponse, M. B a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 24 février 2023. Par la présente requête, il demande également au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 14 900 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation de ses préjudices liés au refus illégal de lui octroyer le bénéfice du congé bonifié sollicité.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
4. Le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir que la requête de M. B est tardive dès lors que celui-ci a introduit sa demande préalable indemnitaire plus de deux mois après la décision attaquée du 24 février 2023. Toutefois, d'une part, M. B a introduit son recours pour excès de pouvoir sollicitant l'annulation de la décision du 24 février 2023, le 14 mars 2024 et n'était ainsi pas forclos. D'autre part, lorsque le recours tend au paiement d'une somme d'argent, le délai de recours contentieux de deux mois ne court pas à compter de la date du fait générateur de responsabilité, mais à compter de la date notification de la décision de rejet de la demande indemnitaire préalable. Ainsi, dès lors que la décision implicite de rejet de la demande préalable d'indemnisation de M. B est née le 4 novembre 2023, ses conclusions indemnitaires n'étaient pas non plus tardives. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le ministre doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 20 mars 1978 relatif à la prise en charge des frais de voyage du congé bonifié accordé aux magistrats, aux fonctionnaires civils de l'Etat et aux agents publics de l'Etat recrutés en contrat à durée indéterminée, dans sa rédaction issue du décret du 2 juillet 2020 portant réforme des congés bonifiés dans la fonction publique : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux magistrats, aux fonctionnaires relevant du statut général des fonctionnaires de l'Etat ainsi qu'aux agents publics recrutés en contrat à durée indéterminée par l'une des administrations mentionnées à l'article 2 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat qui exercent leurs fonctions : () / 2° Sur le territoire européen de la France si le centre de leurs intérêts moraux et matériels est situé dans l'une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie. " et aux termes de l'article 5 du même décret : " () L'intéressé qui remplit les conditions de prise en charge par l'Etat des frais de transport peut, sous réserve des nécessités de service, bénéficier de cette prise en charge dans un délai de douze mois à compter de l'ouverture de son droit à congé bonifié prévue par l'article 9 du présent décret ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " Les personnels mentionnés à l'article 1er peuvent bénéficier des dispositions du présent décret lorsque la durée prévue des congés dans la collectivité où se situe le centre de leurs intérêts moraux et matériels n'excède pas trente-et-un jours consécutifs. ". Aux termes de l'article 9 du même décret : " La durée minimale de service ininterrompue qui ouvre à l'intéressé le droit à un congé bonifié est fixée à vingt-quatre mois (). ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 26 du décret du 2 juillet 2020 portant réforme des congés bonifiés dans la fonction publique : " A titre transitoire, les magistrats, les fonctionnaires civils de l'Etat, les fonctionnaires territoriaux et les fonctionnaires hospitaliers qui, à la date d'entrée en vigueur du présent décret, remplissent les conditions fixées respectivement à l'article 1er du décret du 20 mars 1978 mentionné ci-dessus, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur du présent décret, au deuxième alinéa du 1° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée ou au deuxième alinéa du 1° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée peuvent opter : / 1° Soit pour le bénéfice d'un dernier congé bonifié attribué dans les conditions fixées par les textes réglementaires modifiés par le présent décret, dans leur rédaction antérieure à l'entrée en vigueur du présent décret, et utilisé dans un délai de douze mois à compter de l'ouverture du droit à ce congé bonifié ; / 2° Soit pour l'application immédiate des conditions fixées par ces textes réglementaires dans leur rédaction issue du présent décret. ".
7. M. B a été affecté en qualité de surveillant pénitentiaire stagiaire à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis le 5 mars 2012 avant de rejoindre le centre de détention de Châteaudun. En application de l'article 26 du décret du 2 juillet 2020 portant réforme des congés bonifiés dans la fonction publique, il a sollicité et obtenu le bénéfice d'un congé bonifié au cours de l'été 2021 en application des dispositions du décret du 20 mars 1978 dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur du décret du 2 juillet 2020. Il a ensuite sollicité l'octroi de nouveaux congés bonifiés pour la période du 26 juillet 2023 au 25 août 2023. Par la décision attaquée du 24 février 2023, le sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales du ministère de la justice a refusé de faire droit à cette nouvelle demande au motif que celle-ci avait été faite hors de la période d'ouverture de ses droits à congé bonifié.
8. Le ministre fait valoir en défense que le point de départ de la période ininterrompue de service de vingt-quatre mois ouvrant droit à son issue à l'octroi d'un congé bonifié dans un délai de douze mois doit s'apprécier à compter de chaque période de vingt-quatre mois de service ininterrompus à partir de la date de nomination de M. B en tant que stagiaire. Ce dernier ayant été nommé en qualité de stagiaire le 5 mars 2012, le ministre indique que la prochaine période d'ouverture de congés bonifiés de M. B s'étalait du 5 mars 2024 au 4 mars 2025.
9. Toutefois, il résulte des dispositions précitées du décret du 20 mars 1978 que contrairement à ce que fait valoir le ministre, le point de départ de la période de services ininterrompus ouvrant droit à congé bonifié ne s'apprécie pas à la date de nomination du fonctionnaire en tant que stagiaire, mais à l'issue de la dernière période de service ininterrompus ouvrant droit au congé bonifié. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 7, M. B avait bénéficié d'un congé bonifié au cours de l'été 2021 à raison d'une période ininterrompue de service de trente-six mois effectuée du 5 mars 2018 au 4 mars 2021. En conséquence, une nouvelle période d'ouverture de congé bonifié s'ouvrait à compter du 5 mars 2023 et jusqu'au 4 mars 2024, soit dans l'année suivant les deux années de services ininterrompus effectuée à l'issue de son précédent congé bonifié. Dès lors M. B pouvait solliciter l'octroi d'un congé bonifié du 26 juillet 2023 au 25 août 2023 et c'est à tort que le sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales du ministère de la justice a refusé de faire droit à sa demande.
10. Il résulte de ce qui précède que la décision du 24 février 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. Par conséquent, en refusant de faire droit à la demande de congé bonifié de M. B, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
12. D'une part, M. B soutient qu'en raison du refus illégal de l'administration de lui octroyer le congé bonifié sollicité pour la période du 26 juillet 2023 au 25 août 2023, il a été contraint d'organiser des vacances d'été en urgence pour sa famille et lui-même, ce qui lui a causé un préjudice financier s'élevant à 4 900 euros. Toutefois, et alors que le congé bonifié permet aux agents exerçant leur fonction sur le territoire européen et dont le centre de leurs intérêts moraux et matériels est situé dans l'une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie, de voir, sous certaines conditions, leur frais de voyage vers ces territoires pris en charge par l'Etat dans le cadre d'un congé dit " bonifié ", et qu'au demeurant ledit refus a été pris le 24 février 2023, il résulte de l'instruction que les frais dont M. B fait état ont été engagés pour réaliser un séjour à Cercottes en France métropolitaine et non au sein de la collectivité d'outre-mer où se situe le centre de ses intérêts moraux et matériels. Dès lors, le préjudice financier dont il se prévaut ne présente pas un lien de causalité suffisamment direct avec l'illégalité de la décision du 24 février 2023.
13. D'autre part, le requérant demande la réparation à hauteur de 10 000 euros du préjudice moral ayant découlé de l'illégalité de cette décision, au regard de la tristesse ressentie par son épouse, ses enfants et lui-même du fait d'avoir été privés de la possibilité de retrouver leur famille qu'ils n'avaient pas vue depuis de nombreux mois. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 1 000 euros.
14. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice subi par M. B résultant de l'illégalité de la décision du 24 février 2023.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
15. M. B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 1 000 euros à compter du 4 septembre 2023, et à la capitalisation des intérêts à compter du 4 septembre 2024 date à laquelle était dû au moins une année d'intérêts et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les frais justice :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales du ministère de la justice du 24 février 2023 est annulée.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser une somme de 1 000 euros à M. B avec intérêts au taux légal à compter du 4 septembre 2023. Les intérêts échus à la date du 4 septembre 2024, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 20 mai 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Keiflin, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2022.
Le rapporteur,
Nicolas GARROS
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA La greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au le garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026