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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301724

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301724

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 mai et 14 juin 2023, M. H A I B, représenté par Me Nadia Echchayb, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant l'Ile Maurice comme pays de destination et l'obligeant à remettre son passeport et à se présenter aux services de police ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande et de lui restituer son passeport ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas suffisamment motivée, n'a pas été précédée de la possibilité d'être entendu et de présenter des observations orales, est entachée de détournement de pouvoir, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas suffisamment motivée et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'obligation de présentation aux services de police est disproportionnée et méconnaît les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Echchayb, avocate de M. B, et de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de l'Ile Maurice né le 28 juin 1992, a été interpellé le 25 avril 2023 par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières d'Orléans pour infraction à la législation sur les étrangers. Il est entré en France le 16 avril 2022 muni de son passeport et dispensé de visa. Par l'arrêté attaqué du 25 avril 2023, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Ile Maurice et l'a obligé à remettre son passeport et à se présenter aux services de police.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 25 avril 2023 a été signé par Mme E G. Selon l'article 3 de l'arrêté n° 45-2023-03-31-00002 du 31 mars 2023, publié le 3 avril 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 45-2023-096, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à Mme E G, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer " En cas d'absence ou d'empêchement concomitant de

M. Benoît Lemaire, secrétaire général, de M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint, et de M. C F, directeur de cabinet () les obligations de quitter le territoire français sans refus de titre de séjour et les décisions accessoires les accompagnant () les décisions précisant le pays de renvoi ". Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Dès lors que l'arrêté du 31 mars 2023, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Par ailleurs, l'arrêté attaqué vise la décision de délégation de signature précitée. Le requérant n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe, ni même n'allègue, que MM. Lemaire, Carol et F n'étaient pas absents ou empêchés à la date de la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 25 avril 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation administrative au regard de son droit au séjour et à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, quel que soit le bien-fondé de ses motifs, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire n'a pas été prise à l'issue d'un examen de sa situation personnelle et qu'il n'a pas été entendu et mis en situation de présenter ses observations orales avant la décision contestée. Toutefois, le requérant a été entendu par les services de police le 25 avril 2023. A l'occasion de cette audition, il a pu faire valoir ses observations sur sa situation et la mesure d'éloignement envisagée. Aucune disposition légale ou réglementaire n'imposait à la préfète du Loiret de procéder à une autre instruction contradictoire. Par suite, le moyen tiré du défaut d'instruction contradictoire de la procédure précédant l'intervention de l'obligation de quitter le territoire ne peut être accueilli.

6. En quatrième lieu, le requérant soutient que la préfète du Loiret ne s'est en réalité fondée pour prendre sa décision que sur la seule circonstance qu'il a sollicité son mariage avec Mme D, ressortissante française. Il doit ainsi être regardé comme soutenant que l'obligation de quitter le territoire est entachée de détournement de pouvoir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète, en prenant l'obligation de quitter le territoire, a voulu mettre fin à la situation irrégulière sur le territoire national dans laquelle se trouvait le requérant, qui n'avait effectué aucune démarche auprès des services préfectoraux en vue de régulariser son droit au séjour depuis son entrée sur le territoire français, et non faire obstacle à la célébration de son mariage. La circonstance que l'arrêté litigieux a été pris le jour où, à la demande de la procureure de la République d'Orléans, les services de police ont entendu l'intéressé, ne saurait établir à elle seule l'intention de la préfète de faire obstacle à la célébration du mariage. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut être accueilli.

7. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient qu'il a rencontré Mme D à l'Ile Maurice dans le restaurant où il était serveur, qu'il est en couple avec Mme D depuis le 6 décembre 2017, qu'ils entendent s'engager dans les liens du mariage, qu'à ce jour, aucune opposition au mariage n'a été prise par la procureure de la République, que le couple a son propre logement et que Mme D occupe un emploi salarié. Toutefois, il est entré très récemment en France, le 16 avril 2022, et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après le délai de trois mois suivant son entrée sur le territoire sans chercher à régulariser sa situation administrative au regard de son droit au séjour. Il n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine. Il ne justifie pas que sa vie commune avec Mme D a débuté en décembre 2017. En outre, l'obligation de quitter le territoire n'a pas pour effet d'empêcher son mariage, lequel peut être célébré soit dans son pays d'origine, soit en France dès qu'il aura l'autorisation d'y séjourner. Par suite, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, cet arrêté ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi mentionne la nationalité du requérant, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et que, dès lors, la décision qui lui est opposée ne contrevient pas, notamment, aux dispositions de l'article 3 précité. Dans ces conditions, elle est suffisamment motivée.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, il n'apporte aucun élément à l'appui de son allégation de nature à établir qu'il ferait personnellement l'objet de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour à l'Ile Maurice. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de présentation aux services de police :

11. Aux termes de l'article L. 721-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être contraint de résider dans le lieu qui lui est désigné par l'autorité administrative. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. " Aux termes de l'article L. 721-7 du même code : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ". Aux termes de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du

26 août 1789 : " Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression ". Aux termes de l'article 4 de la même Déclaration : " La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ; ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. ".

12. La préfète du Loiret a prescrit au requérant de se présenter chaque mardi et jeudi à 9 heures à la Brigade Mobile de Recherche de la direction interdépartementale de la police aux frontières, située 131, rue du Faubourg Bannier à Orléans afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'éloignement et pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ.

13. Le requérant soutient que la décision portant obligation de présentation aux services de police est totalement disproportionnée car il n'a pas la volonté de fuir le pays, qu'elle n'est pas justifiée en droit et en fait et qu'elle contrevient à sa liberté d'aller et venir composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et à l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Toutefois, la préfète du Loiret était en droit de prendre la décision précitée en application des dispositions citées au point 11. Le requérant n'apporte aucun élément précis permettant de regarder la décision contestée comme étant disproportionnée et comme méconnaissant sa liberté d'aller et venir. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'annulation de cette décision.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, I B et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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