Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301767
jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301767 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, des mémoires enregistrés le 14 septembre 2023 et le 4 juin 2024, et une pièce complémentaire enregistrée le 15 juin 2023, M. B A, représenté par Me Rouille-Mirza, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet d'Indre-et-Loire sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 10 août 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et, dans l'attente de la décision à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, et des pièces complémentaires enregistrées le 15 juin 2023 et le 2 mai 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Defranc-Dousset,
- et les observations de Me Remacle substituant Me Rouille-Mirza représentant M. A, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant arménien né le 10 mars 1981, a déclaré être entré en France le 27 octobre 2016. Il a sollicité le statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 25 janvier 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 27 juin 2017. Le 21 août 2017, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour motif médical. Par un arrêté du 15 janvier 2018, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours. M. A a contesté cette décision et par un jugement du 31 mai 2018, confirmé par une ordonnance du 9 janvier 2019 de la présidente de la cour administrative d'appel de Nantes, le présent tribunal a rejeté sa requête. Le 27 juin 2018, M. A a, de nouveau, sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Le refus opposé par la préfète d'Indre-et-Loire par un arrêté du 11 janvier 2019 a été annulé par ce tribunal par un jugement du 4 juillet 2019, confirmé par la cour administrative d'appel de Nantes. Suite au réexamen de sa situation, par un arrêté du 28 octobre 2020, la préfète d'Indre-et-Loire a de nouveau rejeté sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement du 24 février 2022, le présent tribunal a validé cet arrêté et, par ordonnance du 16 mai 2023, la Cour administrative d'appel de Versailles a confirmé ce jugement. M. A a présenté le 10 août 2022 auprès des services de la préfecture d'Indre-et-Loire une demande d'admission exceptionnelle au séjour à laquelle il n'a pas été répondu. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de refus de séjour prise à son encontre par le préfet d'Indre-et-Loire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".
3. Si le requérant se prévaut de ce qu'il est présent sur le territoire depuis plus de six ans, qu'il a suivi des cours de français, ce qui lui permet d'être indépendant dans sa vie quotidienne, et qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine, l'Arménie, où il ne pourra bénéficier de soins adaptés à sa situation médicale, les services de santé mentale étant obsolètes, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans lien de famille sur le territoire et qu'il n'y justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, la circonstance qu'il ne pourra bénéficier de soins appropriés à son état dans son pays d'origine étant, au regard de ces dispositions, sans incidence.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
5. Si le requérant soutient que le refus qui lui est opposé porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, le préfet fait valoir sans contredit qu'il est célibataire sans enfant, que son père et son frère résident toujours en Arménie où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 35 ans, qu'il ne peut se prévaloir d'aucune insertion sur le territoire alors qu'il est sans ressources, hébergé dans un foyer et ne dispose d'aucune perspective d'emploi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, dont la situation a été rappelée au point 1, soutient que du fait de son état de santé il ne peut retourner dans son pays d'origine où il ne pourra se rendre ni bénéficier de soins appropriés. Toutefois, par la seule production d'un certificat médical du médecin psychiatre qui le suit faisant état d'un trouble phobique l'empêchant de prendre les transports en commun et d'un potentiel risque de crise d'angoisse majeure dans une telle hypothèse, il ne remet pas en cause les différents avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lesquels ont considéré dans des avis émis les 21 décembre 2017, 4 septembre 2018 et 26 août 2019, que si son état nécessite des soins dont l'absence pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut en bénéficier dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. Par suite, le requérant n'établit pas que sa situation relèverait de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, le moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation du refus implicite opposé à sa demande de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.
Copie en sera adressée à Me Rouille-Mirza.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Hélène DEFRANC-DOUSSET
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.