Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302041

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 1er juin 2023 à 15 h 39, M. C B saisit le tribunal à la suite de la notification de l'arrêté en date du 31 mai 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher, d'une part, a ordonné sa remise aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours.

Il fait valoir qu'à la suite de son divorce, il a quitté l'Espagne, où résident son ex-épouse et leur fille et où il est titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'en 2026, afin de rejoindre sa sœur, son frère et des amis en France, titulaires de titres de séjour, qui l'hébergent et l'aident dans ses démarches, et qu'il souhaite rester en France pour y travailler légalement et aider sa famille.

Par un mémoire enregistré le 5 juin 2023 à 11 h 20, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est un ressortissant marocain né le 1er janvier 1983. Il est entré en France le 7 septembre 2021 selon ses déclarations, sous couvert d'un titre de séjour espagnol ne portant pas la mention " UE ". Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 24 août 2022. Par un arrêté en date du 31 mai 2023, le préfet de Loir-et-Cher, après avoir recueilli l'accord des autorités espagnoles en vue de la réadmission de M. B, et invité ce dernier à présenter ses observations, a ordonné sa remise aux autorités espagnoles en application des articles L. 621-1 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours en application de l'article L. 731-1 du même code. M. B, qui a saisi ce tribunal dans les quarante-huit heures de la notification de cet arrêté, doit être regardé comme en demandant l'annulation.

2. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ".Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. " M. B, qui est titulaire d'un titre de séjour dont il ne conteste pas qu'il ne porte pas la mention " résident de longue durée-UE ", délivré par les autorités espagnoles, valable jusqu'au 22 mars 2026, ne conteste pas davantage être entré sur le territoire français sans être titulaire d'un visa de long séjour.

3. M. B fait valoir qu'à la suite de son divorce, il a quitté l'Espagne, où résident son ex-épouse et leur fille et où il est titulaire d'un titre de séjour délivré en mai 2021 et valable jusqu'en 2026, afin de rejoindre sa sœur, son frère et des amis en France, titulaires de titres de séjour, qui l'hébergent et l'aident dans ses démarches, et qu'il souhaite rester en France pour y travailler légalement et aider sa famille. Il doit être regardé comme soutenant ainsi que le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant remise aux autorités espagnoles sur sa situation personnelle.

4. Cependant, le requérant, bien qu'hébergé à l'adresse de Mme A B, n'apporte aucun élément de nature à établir d'une part la présence d'autres membres de sa famille et d'un cercle d'amis en France, ni, d'autre part, qu'il entretiendrait avec eux des relations stables et suivies. Par ailleurs, il n'apporte pas d'éléments de nature à établir qu'il aurait des perspectives sérieuses d'intégration par le travail. En outre, il ressort des termes mêmes de la requête et des termes non contredits de l'arrêté en cause, que la fille mineure de M. B, née en 2017 en Espagne, y réside toujours. Au surplus, le requérant a vécu en Espagne jusqu'à - au plus, à supposer établie une entrée du requérant en France en septembre 2021 - à peine plus d'un an et demi avant la décision en cause. Il suit de là qu'en décidant la remise du requérant aux autorités espagnoles, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

5. M. B, qui entre dans le champ d'application du 4° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne soulève aucun moyen concernant l'assignation à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours prise à son encontre.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

La magistrate désignée,

Véronique D

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.