Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302151

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2023, M. B A, représenté par Me Rouille-Mirza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour née du silence gardé par le préfet d'Indre-et-Loire sur sa demande du 25 octobre 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- il n'a pas été répondu à sa demande de communication des motifs du refus implicite opposé sur sa demande ;

- il remplit les conditions posées par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus opposé sur sa demande porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet d'Indre-et-Loire a produit des pièces enregistrées par le tribunal le 11 août 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A A, ressortissant guinéen, déclare être né le 10 octobre 2002 et être entré en France au cours du mois de novembre 2017. Il a été pris en charge, à compter du 8 décembre 2017 par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Charente-Maritime jusqu'à sa majorité. Le 13 mai 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par un arrêté du 9 avril 2021, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par jugement du 16 septembre 2021, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté son recours formé contre cet arrêté. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la Cour administrative d'appel de Bordeaux du 11 juillet 2022. Le 25 octobre 2022, M. A a présenté une nouvelle demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture d'Indre-et-Loire. En l'absence de réponse sur sa demande, par lettre du 5 avril 2023 il a demandé la communication des motifs de ce refus. Il ne lui a pas été répondu. Par la présente requête, enregistrée le 9 juin 2023, M. A a demandé l'annulation de la décision implicite de refus de délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-5 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 12 juin 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a explicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A. Par suite, ainsi qu'il est dit au point précédent, les conclusions de M. A dirigées contre la décision implicite de rejet, née du silence gardé par l'administration sur sa demande de titre de séjour, doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a explicitement rejeté cette même demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté le 25 octobre 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de la présence de plusieurs de ses cousins sur le territoire, de ce qu'il réside chez l'un d'entre eux et de ce qu'il a construit ses repères familiaux, amicaux et professionnels sur le territoire français, où il déclare être entré en novembre 2017, et de ce qu'il n'a plus de contact avec sa famille en Guinée. Il indique disposer également d'une bonne capacité d'insertion en faisant valoir qu'il est titulaire d'un diplôme d'étude en langue française obtenu en 2019 et d'un certificat d'aptitude professionnelle en qualité de menuisier obtenu en 2022. Toutefois, il ressort tant du jugement du tribunal administratif de Poitiers que de l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Bordeaux visés au point 1, qu'il n'a pas été en mesure de justifier de son identité, l'authenticité des actes produits ayant été remise en cause par ces deux juridictions. De plus, s'il indique que ses parents sont décédés, il ne l'établit pas. Par ailleurs, la seule présence de cousins sur le territoire français ne suffit pas à caractériser des liens personnels anciens intenses et stables, quand bien même l'un d'entre eux l'héberge depuis juin 2022. Enfin, s'il a effectivement obtenu un CAP, il ne présente ni contrat de travail ni promesse d'embauche. Dans ces circonstances, le préfet d'Indre-et-Loire a pu, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour et assortir sa décision d'une obligation de quitter le territoire français.

6. Pour les mêmes motifs qu'au point précédent, le requérant n'établit pas davantage que les décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français porteraient atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juin 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Copie en sera adressée pour information à Me Rouille-Mirza.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALe greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.