Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302229

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL AEQUAE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a annulé la décision du 29 novembre 2022 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A, ressortissante marocaine. La juridiction a retenu que la préfète avait commis une erreur de droit en examinant la demande uniquement sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que la requérante avait également sollicité un titre sur la base des articles L. 423-23 et L. 422-1 du même code. Le tribunal a enjoint à la préfète de réexaminer la demande dans un délai de deux mois et de délivrer un récépissé en attendant. L'État a été condamné à verser 1 500 euros à Mme A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, Mme B A, représentée par la société d'avocats Aequae, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 novembre 2022 en tant que par ladite décision la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer, à titre principal, une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, une carte de séjour portant la mention " étudiant " ;

3°) à défaut, d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 23 décembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les observations de Me de Grazia, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante marocaine née le 6 mai 2002, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français le 25 janvier 2018 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités néerlandaises à Rabat valable du 22 janvier 2018 au 7 avril 2018. Le 5 février 2019, elle s'est vu délivrer par le préfet de Loir-et-Cher un document de circulation pour étranger mineur valable jusqu'au 5 mai 2021. Le 21 juin 2021, elle a adressé aux services de la préfecture du Loiret une demande d'admission au séjour, complétée par un courrier du 9 août suivant de son conseil. Par la décision contestée du 29 novembre 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tout en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour afin de lui permettre de poursuivre sa scolarité jusqu'à la fin de l'année scolaire 2022-2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de la demande adressée à la préfecture du Loiret le 9 août 2021 par le conseil de la requérante, que Mme A a entendu solliciter un titre de séjour sur le fondement tant des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que de celles des articles L. 423-23 et L. 422-1 du même code. Dès lors, la préfète du Loiret en se bornant à examiner la situation de la requérante au regard des seules dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a commis une erreur de droit.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète du Loiret procède au réexamen de la demande de Mme A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de munir la requérante, dans cette attente, d'un récépissé dans les conditions prévues par les articles R. 431-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 novembre 2022 de la préfète du Loiret est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la demande de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans cette attente un récépissé dans les conditions prévues par les articles R. 431-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.