jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302250 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ESNAULT-BENMOUSSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Esnault-Benmoussa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont elle possède la nationalité, à savoir la République démocratique du Congo, ou tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible, comme pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut, de procéder dans le même délai au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas démontré que le rapport médical a été transmis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant sa délibération ni que le médecin ayant rédigé le rapport ne siégeait pas au sein de ce collège ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé compte tenu de la gravité de sa pathologie et de l'impossibilité d'une prise en charge de cette dernière en République démocratique du Congo.
La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Rouault-Chalier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 31 juillet 1997, est entrée en France le 27 septembre 2016 sous couvert d'un visa étudiant. Le 5 novembre 2019, elle a sollicité son admission au séjour pour raison de santé mais par un arrêté du 20 février 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 28 janvier 2021 de ce tribunal, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Le 24 juin 2022, l'intéressée a présenté une nouvelle demande d'admission au séjour sur le même fondement. Le 28 octobre 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a émis un avis défavorable à la délivrance du titre de séjour sollicité. Le 30 décembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a pris à l'encontre de Mme A un arrêté portant refus de titre de séjour, l'a assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête ci-dessus analysée, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".
3. Il résulte des dispositions précitées que les documents soumis à l'appréciation du préfet doivent comporter l'avis du collège de médecins et être établis de manière telle que, lorsqu'il statue sur la demande de titre de séjour, le préfet puisse vérifier que l'avis au regard duquel il se prononce a bien été rendu par un collège de médecins tel que prévu par l'article L. 425-9. L'avis doit, en conséquence, permettre l'identification des médecins dont il émane. L'identification des auteurs de cet avis constitue ainsi une garantie dont la méconnaissance est susceptible d'entacher l'ensemble de la procédure. Il en résulte également que, préalablement à l'avis rendu par ce collège de médecins, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, doit lui être transmis et que le médecin ayant établi ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. En cas de contestation devant le juge administratif portant sur ce point, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent l'identification du médecin qui a rédigé le rapport au vu duquel le collège de médecins a émis son avis et, par suite, le contrôle de la régularité de la composition du collège de médecins.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège des médecins du 28 octobre 2022 ainsi que du bordereau de transmission produits en cours d'instance par le préfet d'Indre-et-Loire, que le rapport médical mentionné à l'article
R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été établi le 4 octobre 2022 par le docteur Brisacier et transmis, le même jour, au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
5. D'autre part, la requérante soutient qu'il n'est pas établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant rendu l'avis la concernant. Toutefois, il ressort de l'avis médical du 28 octobre 2022, lequel porte mention de l'identité des trois médecins l'ayant émis, à savoir les docteurs Aranda-Grau, Gerlier et Bernazouz, membres du service médical de l'office, que le docteur Brisacier, rapporteur du dossier, n'a pas siégé au sein du collège des médecins. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière. Le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure doit, par suite, être écarté.
6. En second lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Pour refuser de délivrer à Mme A le titre de séjour sollicité, la préfète d'Indre-et-Loire s'est appropriée le sens de l'avis rendu le 28 octobre 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration estimant que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque. Mme A, qui fait valoir qu'elle souffre d'une parésie du membre inférieur gauche non régressive et de diverses autres pathologies nécessitant des soins et un suivi médical réguliers, dont en particulier des troubles psychiques, conteste cette analyse en faisant état de sa prise en charge pluridisciplinaire comprenant un psychologue, un psychiatre, un neurologue, un diabétologue, un endocrinologue et un kinésithérapeute. Elle indique également suivre des séances de stimulation magnétique pour soigner sa dépression. Toutefois, si l'état de santé de la requérante nécessite, ainsi que l'a relevé l'avis précité, une prise en charge dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, les certificats médicaux qu'elle produit, tous deux établis postérieurement à l'arrêté attaqué par son médecin traitant pour le premier et un psychiatre du centre de psychothérapie de Tours-sud pour le second, ne permettent pas d'infirmer l'avis du collège de médecins s'agissant de la disponibilité des traitements requis en République démocratique du Congo. En effet, ces certificats, qui se bornent à indiquer que le traitement de Mme A " semble impossible à poursuivre dans son pays d'origine " et que la thérapie de neuromodulation par stimulation magnétique transcrânienne dont elle bénéficie n'est pas disponible en soins courants dans ce pays, et qui ne sont étayés par aucun élément précis se rapportant à la pathologie de la requérante ainsi qu'à sa prise en charge médicale, ne suffisent pas à remettre en cause l'analyse du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'agissant de la possibilité pour l'intéressée de bénéficier effectivement d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions citées au point 2 ni commis d'erreur d'appréciation en refusant de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité d'étrangère malade.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au titre des dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La présidente-rapporteure,
Patricia ROUAULT-CHALIER
L'assesseure la plus ancienne,
Mélanie PALIS DE KONINCKLa greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026