Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302635

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme B, ressortissante algérienne, contestant le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet d'Indre-et-Loire. La requérante invoquait notamment une atteinte à sa vie privée et familiale (article 8 de la CEDH et accord franco-algérien) et l'intérêt supérieur de ses enfants (CIDE). Le tribunal a estimé que la décision n'était pas disproportionnée, car son époux et son fils aîné majeur étaient en situation irrégulière, et que la cellule familiale pouvait se reconstituer en Algérie. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 4 juillet 2023 et le 28 juillet 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Rouillé Mirza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour qui lui sert de support ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juin 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport D Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, ressortissante algérienne née le 20 novembre 1972, est entrée sur le territoire national le 31 juillet 2017, en compagnie de son mari et de ses trois enfants, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Elle s'est maintenue sur le territoire à l'expiration de la durée de validité de son visa et a présenté le 14 juin 2022 auprès des services de la préfecture d'Indre-et-Loire une demande de titre de séjour en se prévalant tout à la fois de la scolarisation de ses enfants et d'une promesse d'embauche en qualité de serveuse. Par un arrêté du 13 avril 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes du 5° de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / ( ) / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Mme B soutient qu'elle réside en France depuis 2017 en compagnie de son époux et de leurs trois enfants, nés en 2002, 2006 et 2012, que ses enfants mineurs sont régulièrement scolarisés depuis septembre 2017, respectivement en 3ème et en CM2, et parfaitement intégrés, que son fils aîné, aujourd'hui majeur, qui a obtenu un CAP " employé de commerce multi spécialités " en 2020, prépare un CAP " restauration " en alternance et dispose d'un récépissé de demande de titre de séjour en qualité d'étudiant, qu'elle-même s'est parfaitement intégrée, a exercé différentes activités professionnelles et participe à des actions de bénévolat. Toutefois, le préfet d'Indre-et-Loire fait valoir sans contredit que le fils aîné D Mme B, qui n'a jamais finalisé son inscription en CAP " restauration ", est en situation irrégulière sur le territoire et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire et que son époux, à le supposer encore présent sur le territoire, s'y maintiendrait en situation irrégulière. Dans ces circonstances, et alors que la requérante, d'une part, ne produit aucun élément s'agissant de la scolarité de ses enfants mineurs, qui ont vocation à suivre leurs parents, ni de nature à établir son insertion sur le territoire français, d'autre part, a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 44 ans et y dispose de liens familiaux, le refus opposé par le préfet sur sa demande n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En deuxième lieu, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " () / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. ".

5. Mme B soutient que depuis son arrivée sur le territoire elle a exercé plusieurs emplois, successivement en qualité de salariée agricole entre 2018 et 2019, d'agent d'entretien entre 2019 et 2020 et de préparatrice de commande entre 2020 et 2022, qu'elle bénéfice d'une promesse d'embauche sur un poste à temps partiel en qualité de serveuse et qu'elle a conclu un contrat de travail à durée déterminée en qualité d'aide à domicile.

6. Toutefois, alors qu'à la date de la décision contestée, elle ne dispose ni d'un visa de long séjour, ni d'un contrat de travail visé par les services chargés de l'emploi, requis par les stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-algérien, elle ne remplit pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour " salarié " en application de la combinaison des stipulations des articles 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien, rappelées au point 4. La circonstance, au demeurant non établie, qu'elle aurait précédemment exercé diverses activités professionnelles est par ailleurs sans incidence sur la légalité du refus qui lui est opposé. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 3, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté, de même que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.