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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302712

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302712

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantESNAULT-BENMOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I° Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2023 sous le n° 2302712, M. A C, représenté par Me Sabah Esnault-Benmoussa, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 du préfet d'Indre-et-Loire rejetant sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le Liban comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas suffisamment motivée et méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire.

II° Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2023 sous le n° 2302713, Mme B C, représentée par Me Sabah Esnault-Benmoussa, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 du préfet d'Indre-et-Loire rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le Liban comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas suffisamment motivée et méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire.

Mme et M. C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme et M. C, ressortissants libanais nés les 23 février 1971 et 10 janvier 1973, ont déclaré être entrés sur le territoire français le 4 août 2021 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 7 avril au 3 octobre 2021 accompagnés de leurs deux enfants mineurs. Ils ont rejoint l'Allemagne où ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Placés en procédure Dublin, ils ont été réadmis en France le 24 mai 2022 et ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions du 17 août 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 15 mars 2023 par la cour nationale du droit d'asile. Par les arrêtés attaqués du 22 juin 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté leurs demandes de titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Liban.

2. Les deux requêtes ont pour objet le droit au séjour d'un couple d'étrangers. Elles présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les décisions de refus de séjour :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. En se prévalant de ces stipulations, les requérants soutiennent que le requérant a deux frères de nationalité française avec lesquels ils entretiennent des relations étroites, que ses parents disposent d'un titre de séjour en France, qu'ils se sont parfaitement intégrés, que le requérant bénéficie d'une promesse d'embauche, qu'ils disposent de leur propre logement en assumant le paiement des loyers, que les enfants suivent une scolarité normale et que leur vie privée et familiale se trouve en France auprès des membres de leur famille. Toutefois, ils sont entrés très récemment en France, le 4 août 2021, puis sont partis en Allemagne et ont été réadmis en France le 24 mai 2022 dans le cadre de la procédure Dublin. Par ailleurs, ils ont vécu jusqu'à l'âge de cinquante-et-un ans et de cinquante ans dans leur pays d'origine séparés des deux frères, de nationalité française, et des parents, titulaires d'une carte de séjour temporaire en qualité de visiteur, de M. C pendant de nombreuses années. Par ailleurs, ils n'établissent pas, ni même n'allèguent, que leurs enfants mineurs ne pourraient poursuivre leur scolarité au Liban. Par suite, et même si le requérant produit une promesse d'embauche, les décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour ne portent pas à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dès lors, ces décisions ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les obligations de quitter le territoire :

5. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

6. En l'espèce, les obligations de quitter le territoire attaquées du 22 juin 2023 visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionnent les éléments de fait propres à la situation des requérants, notamment relatifs à leur situation familiale, à raison desquels le préfet les a obligés à quitter le territoire français à destination de leur pays d'origine. Ainsi, les obligations de quitter le territoire sont suffisamment motivées en application des dispositions précitées de l'article

L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En second lieu, les requérants soutiennent que les obligations de quitter le territoire sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation en faisant valoir que le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas pris la mesure des conséquences d'une exceptionnelle gravité de ses décisions. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les décisions attaquées ne portent pas à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4, les obligations de quitter le territoire ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle.

Sur les décisions fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, les décisions fixant le pays de renvoi rappellent la nationalité des requérants et les décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile et mentionnent que les requérants n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans leur pays d'origine car ils ne produisent aucun élément permettant d'établir la réalité et le caractère personnel des risques allégués et mentionnent que les décisions qui sont opposées aux intéressés ne contreviennent pas, notamment, à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de renvoi ne sont pas motivées.

9. Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si les requérants soutiennent qu'ils craignent pour leur sécurité en cas de retour dans leur pays, ils n'apportent aucun commencement de preuve à l'appui de leurs allégations. Par suite, les décisions fixant le pays de renvoi attaquées ne méconnaissent pas les dispositions de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru lié par les décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme C doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, leurs conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme et M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme et M. B et A C et au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2302712

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