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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302845

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302845

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Mariette, avocate, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ;

3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Mariette, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- ressortissant malien, il est entré en France le 18 novembre 2018 alors qu'il était âgé de 14 ans et pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) d'Eure-et-Loir dès le 7 décembre 2018 ;

- l'urgence est caractérisée, il est embauché depuis début juillet 2023 suivant contrat de travail à durée déterminée saisonnier par le restaurant Le Moulin De Ponceau en qualité de demi-chef de rang ; ce contrat ne pourra être renouvelé s'il n'a pas d'autorisation de travail, ce qui le placerait dans une situation financière difficile ;

- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où l'attribution de la carte de séjour prévue par ces dispositions est subordonnée au caractère réel et sérieux des études, que la préfète n'a pas apprécié ;

- le refus de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; son séjour en France est ininterrompu et la formation suivie est réelle et sérieuse ; il produit des attestations de ses enseignants ; il a obtenu un CAP commercialisation et services en hôtel café restaurant et un BEP Arts et Services commercialisation restauration en alternance ; il est dépourvu de toute attache au Mali ;

- le refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de la durée de son séjour en France et de son insertion réussie dans la société française.

Par un mémoire enregistré le 17 juillet 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ont été suspendues à la suite de l'enregistrement du recours au fond, que l'urgence n'est pas caractérisée et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête au fond n° 2302819

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Mariette, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête avec les mêmes moyens.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 4 août 2003, est entré irrégulièrement en France en novembre 2018 et a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'Eure-et-Loir à compter du 7 décembre 2018, soit avant l'âge de seize ans. Le requérant a ensuite bénéficié d'un contrat jeune majeur jusqu'au 4 janvier 2022. Il a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 mai 2023, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Mali ou de tout pays pour lequel il est légalement admissible.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué. Dès lors, il y a lieu, à titre provisoire, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article R. 522-1 de ce code précise que " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Pour justifier d'une situation d'urgence, le requérant soutient que la formation suivie en France lui a permis de conclure un contrat de travail de quatre mois prenant fin le 31 octobre 2023 et que l'absence d'autorisation de séjour autorisant son titulaire à travailler fera obstacle au renouvellement de ce contrat, ce qui le privera de toute ressource. Toutefois, d'une part, le requérant déclare que son employeur a accepté de le recruter dès le 1er juillet 2023 au vu de son seul passeport. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que les stipulations de ce contrat prévoient que son renouvellement serait conditionné par la régularité du séjour de M. A. Le requérant ne peut par suite être regardé comme établissant l'urgence justifiant que soit suspendue l'exécution de l'arrêté du 15 mai 2023 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur le refus de titre de séjour.

7. Il y a lieu par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les moyens de la requête ainsi que sur la recevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement et de la décision fixant le pays de destination, de rejeter la requête en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à M. A.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Fait à Orléans le 17 juillet 2023.

Le juge des référés,

Jean-Luc B

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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