Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302932
jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302932 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Cariou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, lui a enjoint de restituer son passeport et lui a fait obligation de se rendre deux fois par semaine à la gendarmerie de Selle-sur-Cher pour justifier de ses démarches en vue de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher d'examiner sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans cette attente, de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de 8 jours, sous les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cariou d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble
- il est entaché d'incompétence de son signataire dès lors que la délégation de signature qui lui a été accordée le 25 janvier 2021 ne l'autorisait pas à signer les décisions l'obligeant à restituer son passeport aux services de police et à se présenter deux fois par semaine à la gendarmerie pour justifier de ses démarches en vue de quitter le territoire, lesquelles ne sont applicables que depuis le 1er mai 2021 soit postérieurement à cette délégation ;
- il est insuffisamment motivé ;
En ce qui concerne le refus de titre de séjour
- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-marocaine du 9 octobre 1987 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant marocain né le 21 mai 1994, déclare être entré en France au mois de septembre 2017. Le 1er décembre 2022 il a présenté une demande de titre de séjour mention " salarié " et subsidiairement de régularisation de sa situation sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Par un arrêté du 30 juin 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a également fait obligation de restituer son passeport et de se rendre deux fois par semaine au commissariat de police de Blois pour justifier de ses démarches en vue de quitter le territoire français.
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher, lequel disposait, aux termes d'un arrêté du 25 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture sous le numéro 41-2021-01-25-001, d'une délégation de signature accordée par M. D B, préfet de Loir-et-Cher, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", comportant notamment " la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Par ailleurs, les dispositions relatives aux décisions portant obligation de présentation aux services de police ou unités de gendarmerie et de remise de passeport ont été introduites dans le CESEDA antérieurement au 25 janvier 2021 et ont fait l'objet d'une nouvelle codification entrée en vigueur le 1er mai 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté en ses deux branches.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont il a été fait application et notamment l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, le code du travail ainsi que les dispositions du CESEDA, rappelle les conditions d'entrée et de séjour du requérant en France, sa situation personnelle et familiale, les motifs de sa demande et comporte, de manière non stéréotypée, les motifs pour lesquels le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par ailleurs, en application des dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du CESEDA, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme en l'espèce, ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour
4. En premier lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 de ce même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / ().". Aux termes de l'article L. 412-1 du CESEDA : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".
5. Si la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est régie par les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour " salarié " prévu à l'article 3 de ce texte est subordonnée, en vertu de son article 9, à la condition, prévue à l'article L. 412-1 du CESEDA, de la production par ce ressortissant d'un visa de long séjour. M. A ne conteste pas qu'il ne remplissait pas cette condition. Par suite, et bien que le service de la main d'œuvre étrangère a émis un avis favorable à la demande d'autorisation de travail présentée par le requérant, le préfet de Loir-et-Cher a pu légalement en l'absence de visa de long séjour présenté par M. A rejeter pour ce motif sa demande de titre de séjour en qualité de salarié.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du CESEDA : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " et aux termes de l'article L. 435-1 de ce même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./(). "
7. M. A a également demandé la régularisation de sa situation sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du CESEDA en se prévalant de ce qu'il réside en France, où se trouve une partie de sa famille, depuis plus de cinq ans et au moins depuis le mois de septembre 2017, de ce qu'il est titulaire d'un diplôme de coiffeur obtenu au Maroc en 2014 et de ce qu'il exerce dans un salon de coiffure depuis le 1er juillet 2021, d'abord dans le cadre d'un contrat à durée déterminée transformé, depuis le 1er juillet 2022, en contrat à durée indéterminée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire, sans charge de famille, n'établit pas la réalité de sa présence sur le territoire antérieurement à 2019. En outre, s'il produit le contrat de travail conclu avec un salon de coiffure installé en Loir-et-Cher, transformant son contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée ainsi qu'un diplôme de coloriste, dont le préfet conteste l'authenticité, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire pendant près de 4 ans sans entreprendre aucune démarche pour régulariser sa situation. De même, il n'établit pas l'existence de liens familiaux avec les membres de la famille dont il produit les pièces d'identité. En conséquence, alors qu'il n'établit ni l'existence de liens intenses et stables sur le territoire, ni que sa situation relèverait de considérations humanitaires, et ne justifie pas de motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. Par ailleurs, il ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 dite " circulaire Valls " relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du CESEDA dont les orientations générales, adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ne constituent pas des lignes directrices dont il est possible de se prévaloir à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /(..) ".
10. Ainsi qu'il a déjà été dit au point 7, le requérant n'établit pas l'existence de liens intenses et stable en France, ni son insertion professionnelle et ne soutient ni même n'allègue être dépourvu de liens familiaux sur le territoire marocain. Dès lors, en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la CEDH.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
Mme Keiflin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
Hélène DEFRANC-DOUSSET
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.