Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303283

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A, ressortissant sénégalais, qui contestait le refus de titre de séjour "étudiant" et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet d'Indre-et-Loire. Le tribunal a jugé que la décision de refus était suffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il a également estimé que le préfet n'avait pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2023, M. C A, représenté par la société d'avocats Equation Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, une carte de séjour portant la mention " étudiant ", et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et dans cette attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et méconnaît ainsi les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 9 novembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sénégalais né le 12 décembre 1994, est, selon ses déclarations, entré de manière irrégulière sur le territoire français le 9 mars 2022 en provenance d'Ukraine. Le bénéfice de la protection temporaire lui a été refusé par un arrêté du 4 mai 2022 du préfet de Seine-et-Marne. S'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà de la date de fin de validité de son autorisation provisoire de séjour, il a sollicité, le 9 janvier 2023, des services de la préfecture d'Indre-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 15 mai 2023, le préfet d'Indre-et-Loire lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision portant refus de titre de séjour vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet d'Indre-et-Loire a fait application, et mentionne plus particulièrement l'article L. 422-1 de ce code, fondement de la demande présentée par le requérant, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle précise en outre les considérations de faits propres à la situation du requérant, notamment s'agissant de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, le fait que la protection temporaire lui a été refusée et qu'il est inscrit en 1ère année de licence à Tours mais qu'il ne justifie pas de ressources suffisantes, sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé - s'est fondé pour lui refuser le titre de séjour sollicité. La décision attaquée est ainsi suffisamment motivée et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". D'autre part, aux termes de l'annexe 10 au même code, le demandeur d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " doit produire au préfet un " justificatif de moyens d'existence suffisants (sauf pour les titulaires du visa de court séjour " étudiant concours ") ". Si l'étranger travaille, il doit transmettre ses trois dernières fiches de paie. S'il est pris en charge par un tiers, il doit produire le " justificatif d'identité du tiers ; les attestations bancaires de la programmation de virements réguliers ou une attestation sur l'honneur de versement des sommes permettant d'atteindre le montant requis (615 € mensuels) ". Enfin, si l'étranger dispose de ressources suffisantes, il transmet : " l'attestation bancaire de solde créditeur suffisant ".

5. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet s'est fondé sur l'insuffisance des ressources du requérant. Si M. A se prévaut d'un contrat à durée déterminée à caractère saisonnier en qualité de valet de chambre signé avec la société Romuben Hôtel, daté du 11 avril 2023, ce contrat n'était valable initialement que pour la période allant du 10 avril 2023 au 30 avril 2023 et, à la date de la décision attaquée, son renouvellement ne valait que pour la période du 1er mai 2023 au 30 juin 2023, le dernier renouvellement courant jusqu'au 31 août 2023 n'ayant été signé que postérieurement à la décision attaquée. Par ailleurs, si M. A se prévaut d'une attestation établie par son frère, M. B A, s'engageant à prendre à sa charge la situation de son frère en lui versant mensuellement une somme de 615 euros, cette attestation est sans incidence dès lors qu'elle est postérieure à la date de la décision attaquée, et en tout état de cause, M. A n'apporte pas la preuve que cette somme lui est régulièrement versée par la seule production de deux mandats de transfert de fonds datés du 5 février 2023 et du 10 avril 2023. Par suite, alors même que le requérant atteste être inscrit en études supérieures, le préfet était fondé à refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si M. A soutient qu'il a dû fuir l'Ukraine, pays confronté à un conflit armé dans lequel il avait entrepris des études dans le domaine de la production de pétrole, de gaz et de condensat, qu'il a pu reprendre des études en France et recréer du lien social et qu'une nouvelle interruption de ses études en France lui serait fortement préjudiciable dès lors qu'il n'a aucune garantie de pouvoir les poursuivre dans son pays d'origine, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, l'intéressé n'était présent en France que depuis tout juste un an et deux mois, était célibataire, sans enfant et ne justifiait d'aucun lien personnel ou familial particulier sur le territoire français. Par suite, alors qu'il n'établit pas ne plus disposer d'attache dans son pays d'origine qu'il n'a quitté pour aller en Ukraine qu'à l'âge de vingt-cinq ans, à supposer même établie l'impossibilité de poursuivre ses études au Sénégal en prenant en considération les acquis des études poursuivies en France, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant désignation du pays de destination de la mesure d'éloignement par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.