Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303284

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A, ressortissant congolais, qui contestait l'arrêté préfectoral du 26 mai 2023 lui refusant un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a estimé que le refus de séjour ne méconnaissait ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de l'absence de liens personnels et familiaux suffisamment intenses en France et de la persistance de l'irrégularité du séjour. La solution retenue se fonde également sur l'absence d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du même code. Par conséquent, les décisions subséquentes (obligation de quitter le territoire, fixation du pays de destination et interdiction de retour) ont été jugées légales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2023, M. B, représenté par la société d'avocats Equation Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et dans cette attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 31 octobre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la République du Congo né le 2 octobre 1991, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 27 juillet 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour d'une validité de quinze jours. Le 20 septembre 2017, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". A la suite de son interpellation le 29 novembre 2017 à l'occasion d'un contrôle routier, le préfet d'Indre-et-Loire, par un arrêté du même jour lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Sa requête formée à l'encontre de cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif d'Orléans du 25 janvier 2018. Ne déférant pas à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le 20 septembre 2019, il a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 18 juin 2020, sa demande a été rejetée et il lui a été une nouvelle fois fait obligation de quitter le territoire français. Cette décision étant restée inexécutée, il a présenté le 3 septembre 2020 une nouvelle demande de titre de séjour qui lui a été refusé par un arrêté du 3 mars 2021. Par un jugement du 9 avril 2021 du tribunal administratif d'Orléans, sa requête présentée à l'encontre de ce nouvel arrêté a été rejetée. S'étant une nouvelle fois maintenu irrégulièrement sur le territoire français, M. A a sollicité, le 7 juin 2022, son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 26 mai 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. M. A fait valoir qu'il est présent depuis plus de six ans sur le territoire français à la date de la décision attaquée, qu'il y a établi le centre de ses intérêts privés, qu'il y dispose d'attaches familiales solides ayant trois frères et sœurs y résidant de manière régulière et qu'il ne dispose dans son pays d'origine plus que de sa mère alors que depuis son arrivée en France, il n'a eu de cesse de chercher à s'intégrer tant par les études qu'il y a menées que d'un point de vue professionnel. Toutefois, célibataire et sans charge de famille, d'une part, il n'établit pas par la seule production de quelques rares photographies et d'une attestation d'hébergement la réalité et l'ancienneté des liens allégués avec les membres de sa famille résidant régulièrement en France, et d'autre part, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer une réelle intégration sociale ou professionnelle. Dès lors, alors qu'il s'est maintenu sur le territoire français malgré de précédentes mesures d'éloignement et qu'il dispose encore dans son pays d'origine, qu'il n'a quitté qu'à l'âge de vingt-cinq ans, d'une attache familiale en la personne de sa mère, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. Les éléments de la situation personnelle du requérant tels qu'exposés au point 3 ne caractérisent pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions citées au point précédent. Par suite, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision rejetant sa demande de titre de séjour.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 3, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français ne méconnaît pas son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.