Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303285

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif d'Orléans (3ème chambre) rejette la requête de Mme A, ressortissante bangladaise, qui contestait le refus du préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal écarte les moyens soulevés, estimant que la décision attaquée est suffisamment motivée, que le préfet ne s'est pas estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII, et que la requérante n'apporte pas d'élément permettant de contredire cet avis concluant à la possibilité d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En conséquence, la requête en excès de pouvoir est rejetée dans son intégralité, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2023, Mme C A, représentée par la société d'avocats Equation Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 avril 2023 par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour raison de santé, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et dans cette attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut pas disposer d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et qu'elle ne peut pas voyager sans risque.

Par un mémoire enregistré le 16 novembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante bangladaise née le 16 août 1986, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français le 21 octobre 2022 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa touristique de court séjour. Elle a sollicité, le 5 décembre 2022, son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 12 septembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Elle a formé un recours à l'encontre de cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile le 18 octobre 2023. Parallèlement, le 18 janvier 2023, elle a présenté aux services de la préfecture d'Indre-et-Loire une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un avis du 3 avril 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, son état de santé lui permettait de voyager sans risque. Par l'arrêté attaqué du 25 avril 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à Mme A le titre de séjour sollicité.

2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment s'agissant de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français et son état de santé, à raison desquels le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que des mentions figurant dans l'arrêté attaqué, qu'en rappelant les termes de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour, alors que cette décision mentionne qu'elle a été prise après un examen approfondi de sa situation et qu'aucun élément du dossier et aucune circonstance particulière ne permettait de contredire l'avis du collège de médecins. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Pour refuser de délivrer à Mme A un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet d'Indre-et-Loire s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 avril 2023 qui a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque. En l'espèce, Mme A, qui a entendu lever le secret médical, fait valoir qu'elle fait l'objet d'un suivi médical spécialisé et rapproché pour un diabète insulinodépendant de type II fortement déséquilibré, qu'elle souffre d'une infection tuberculeuse latente pour laquelle le traitement doit cependant être différé compte tenu de son état de grossesse et qu'elle bénéficie de traitements médicamenteux auxquels elle ne pourrait pas avoir accès dans son pays d'origine ainsi que de soins planifiés nécessitant sa présence en France. Pour justifier ses allégations, et contredire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la requérante produit une ordonnance médicale du 29 juin 2023 lui prescrivant pour une durée de trois mois de l'Abasaglar, du Novorapid, du Timoferol, de la Spéciafoldine et du Lansoprazole ainsi qu'un certificat médical établi le 28 juin 2023 par le docteur B, interne en médecine, certifiant que la prise en charge médicale de Mme A nécessite un suivi rapproché et " que son état de santé contre-indique le voyage de longue distance, en particulier en avion, et ce au moins pour les huit mois à venir ". Par ailleurs, elle indique qu'elle ne pourrait pas accéder dans son pays d'origine aux soins qui lui sont nécessaires compte tenu de leur coût ou pour certains des médicaments qui lui sont prescrits compte tenu de leur indisponibilité et à l'appui de ces allégations, elle produit d'une part un article relatif au salaire moyen au Bangladesh ainsi que deux certificats faisant état du coût important de son traitement. Par ailleurs, elle produit plusieurs certificats médicaux attestant qu'elle ne peut pas voyager sans risque. Toutefois d'une part, les documents produits n'établissent pas l'indisponibilité du traitement médicamenteux de Mme A et ne permettent pas d'apprécier l'effectivité de l'accès aux soins de la requérante à défaut notamment d'éléments relatifs aux capacités financières personnelles de l'intéressée, et d'autre part, les certificats attestant que son état de santé ne lui permet pas de voyager sont postérieurs à la décision attaquée et justifiés par une grossesse ayant elle-même débuté postérieurement à la date de la décision attaquée. Dès lors, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que le diabète de la requérante a été diagnostiqué dans son pays d'origine dès 2014 alors qu'elle était âgée de vingt-sept ans, les éléments produits par Mme A ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, en refusant de délivrer à la requérante un titre de séjour pour raisons de santé, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.