Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303300
jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303300 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 août 2023, M. A, représenté par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard des efforts d'intégration et de travail qu'il a accomplis ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il est isolé au Maroc.
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
- elles sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 25 septembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gasnier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 10 novembre 2002, est entré irrégulièrement en France en février 2021. Il s'est présenté comme mineur auprès des services de l'aide sociale à l'enfance et a en conséquence été confié à ce service à compter du 25 février 2021, placement confirmé en dernier lieu par ordonnance du juge des enfants du 1er juillet 2021. Le 9 mars 2023, M. A a présenté une demande de titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 23 mai 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-10 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article R.431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents. "
3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. Pour fonder la décision de refus de séjour en litige sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a relevé que les documents d'état civil produits comportaient des fautes de frappes remettant en cause son caractère probant, ainsi que l'a relevé le rapport de la direction centrale de la police aux frontières (DCPAF), de sorte que l'identité de l'intéressé ne pouvait être vérifiée. Le préfet s'est également fondé, sur la circonstance que l'intéressé a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance à un âge inconnu et que son contrat d'apprentissage a été résilié le 20 février 2023 de sorte qu'il ne justifiait pas d'une formation depuis au moins 6 mois.
5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'était présenté au service de l'aide sociale à l'enfance comme se dénommant Ousmane Ruzi né le 1er avril 2005 et a été confié, en urgence, au service de l'aide sociale à l'enfance en février 2021 puis, provisoirement, par ordonnance du procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Tours le 13 avril 2021 et, enfin, par ordonnance du juge des enfants du 1er juillet 2021. Il ressort de l'extrait original de l'acte de naissance, issu de recherches postérieures entreprises par les services du département en charge de l'aide sociale à l'enfance, que l'intéressé se nomme en réalité B A, qu'il est né le 10 novembre 2002, et qu'il a été pris en charge durant environ 3 années en Espagne avant son entrée en France. La date de naissance indiquée dans ce document original concorde avec celle relevée, dans un second temps, par le service de l'aide sociale à l'enfance ainsi que le confirment la note sociale produite par le requérant et le courriel de ce service daté du 27 février 2023 produit par le préfet d'Indre-et-Loire. Il en résulte que M. A était majeur à la date de sa première prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, en février 2021. Dès lors, il ne répond pas à la condition d'âge rappelé au point 3. Par suite, quelles que soient la situation professionnelle et l'insertion de l'intéressé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
6. Il résulte de l'instruction que le préfet d'Indre-et-Loire aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif à l'exclusion des autres motifs rappelés au point 4 du présent jugement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent par suite être écartés.
En ce qui concerne l'atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale :
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
8. Si le requérant fait valoir, à l'appui de sa requête, qu'il est orphelin depuis le décès de sa mère en 2014, qu'il a fourni des efforts d'intégration par le travail, et qu'il ne dispose d'aucune attache au Maroc, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans charge de famille, qu'il n'est entré en France qu'au mois de février 2021 et ne dispose d'aucune attache particulière en France. Par ailleurs, il ne justifie d'aucun emploi stable, son contrat d'apprentissage ayant été résilié à compter du 20 février 2023. Dans ces conditions, le refus de séjour opposé au requérant ne porte pas d'atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport au but en vue duquel il a été pris.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
9. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination ne peuvent qu'être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
Le rapporteur,
Paul GASNIER
Le président,
Denis LACASSAGNE
La greffière,
Marie-Josée PRÉCOPE
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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