Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303355
mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303355 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 août 2023 et le 26 septembre 2023, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision du 5 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du département d'Eure-et-Loir a refusé de reconnaître sa demande de logement urgente et prioritaire.
Elle soutient que :
- elle a présenté une demande de relogement il y a plus de quatre années ; le logement qu'elle occupe nécessite des travaux de réparation ; l'attribution d'un nouveau logement lui permettrait d'accueillir ses enfants.
Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est locataire depuis 2013 d'un appartement de type T4 dans le secteur social à Mainvilliers. Elle soutient avoir présenté une demande de relogement depuis plus de quatre années, puis, en l'absence de réponse, une demande auprès de la commission de médiation le 12 avril 2023. Sa demande a été rejetée par une décision du 5 juillet 2023, fondée sur la circonstance que Mme C est déjà locataire dans le secteur social.
2. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " () Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () ; / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale () ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas d'une personne se prévalant de ce qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4, la commission peut refuser de reconnaître que la demande présente, à ce titre, un caractère prioritaire et urgent, en se fondant sur la circonstance que cette personne dispose déjà d'un logement. Elle ne peut toutefois légalement opposer ce motif que si le logement occupé est adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur, La circonstance que le demandeur était déjà locataire d'un logement social n'exclue pas qu'il puisse être désigné comme prioritaire et devant être logé d'urgence.
4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de la requérante était motivée par l'absence de proposition de logement dans le délai de 18 mois fixé par arrêté préfectoral pour les locataires dans le secteur social. La requérante soutient également dans la présente instance que l'attribution d'un nouveau logement lui permettra d'accueillir ses trois enfants.
5. Toutefois, d'une part, aux termes de l'article R. 822-5 du code de la construction et de l'habitation : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus ". Il ressort des pièces du dossier que le logement occupé par Mme C, qui déclare vivre séparée de son compagnon, possède une surface habitable de 72,37 m², et cette superficie doit être regardée, en application des dispositions précitées, comme permettant l'accueil des trois enfants de la requérante.
6. D'autre part, si Mme C soutient que son logement actuel nécessite des travaux de réfection, concernant notamment l'installation électrique et la télévision, que le bailleur social refuse de réaliser, elle ne produit au soutien de sa requête aucun commencement de preuve au soutien de cette allégation, qu'elle est seule à même de produire. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que le logement présenterait un caractère insalubre.
7. Enfin si Mme C soutient que le délai de 18 mois était expiré, cette seule circonstance ne peut, pour les motifs exposés aux points précédents, suffire à établir qu'elle remplit les conditions posées par les dispositions du code de la construction et de l'habitation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la commission de médiation du département d'Eure-et-Loir était fondée à estimer que Mme C était déjà titulaire d'un logement social, dont les caractéristiques sont adaptées à sa situation, pour refuser de reconnaître le caractère urgent et prioritaire de sa demande. La requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 5 juillet 2023. Sa requête doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet d'Eure-et-Loir.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Luc B
Le greffier,
Laurent BOUSSIERES
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.