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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303487

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303487

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDELATTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2023, M. A C, représenté par Me Delattre, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans contenue dans l'arrêté du 20 août 2023 du préfet d'Indre-et-Loire ;

2°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la durée d'interdiction de trois ans est disproportionnée ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et aurait dû décider d'une interdiction d'une année ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français constitue une sanction supplémentaire dans la mesure où le juge judiciaire a également prononcé à son encontre, le 20 août 2023, une interdiction judiciaire de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ; le principe non bis in idem est ainsi méconnu.

Par un mémoire enregistré le 30 avril 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C a été rejetée par une décision du 27 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dicko-Dogan a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né en 2001 et de nationalité algérienne, est entré en France en 2017 selon ses déclarations. Le 19 août 2023, il a été interpellé par les services de police d'Indre-et-Loire et placé en garde à vue à la suite d'un refus d'obtempérer. Par un arrêté du 20 août 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C a été rejetée par une décision du 27 octobre 2023. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

5. D'une part, M. C ne conteste pas le principe de l'interdiction de retour sur le territoire français et ne fait, en tout état de cause, nullement état d'une circonstance humanitaire qui ferait obstacle à la mesure contestée.

6. D'autre part, M. C soutient que la durée de trois ans retenue par le préfet dans sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant, qui déclare être en France depuis 2017, s'est maintenu sur le territoire français sans titre de séjour malgré deux précédentes mesures d'éloignement, qu'il est célibataire, sans enfant, sans emploi et qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, son frère et sa sœur. S'il fait état de sa relation avec une ressortissante française, Mme B, et avec le fils qu'elle a eu d'une précédente relation, la seule attestation au dossier ne permet pas d'établir la réalité et l'intensité de cette relation. Il ressort également de l'arrêté attaqué et des pièces produites par le préfet que M. C est défavorablement connu des services de police, qu'il a notamment été interpellé le 7 mai 2019 pour vol avec violence, qu'il a été interpellé le 17 juin 2020 et placé en garde à vue pour infraction à la législation sur les stupéfiants, qu'il a été condamné par le tribunal judiciaire de Tours, le 18 novembre 2021, à une peine de deux ans d'emprisonnement assortie d'une interdiction de séjour de trois ans en Indre-et-Loire avec interdiction d'entrer en contact avec ses complices pour des faits de transport, détention et cession de stupéfiants, qu'il a été incarcéré pour ces faits, qu'il a été interpellé de nouveau le 19 août 2023 pour refus d'obtempérer, usage de manière illicite de cannabis, substance ou plante classée comme stupéfiant, faits pour lesquels il a été condamné par une ordonnance d'homologation du 20 août 2023 du tribunal judiciaire de Tours à six mois d'emprisonnement délictuel avec incarcération immédiate et un an d'interdiction du territoire français. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

7. En deuxième lieu, eu égard aux éléments mentionnés au point précédent, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative interdit le retour sur le territoire français ne constitue pas une sanction mais une mesure de police administrative. Ainsi le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe non bis in idem est inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

Fatoumata DICKO-DOGAN

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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