Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303884
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303884 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 21 septembre 2023, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Dijon transmet au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par
M. A B en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative.
Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2023, M. B, représenté par Me Verdier, demande au tribunal :
1) d'annuler la décision du 17 juillet 2023 par laquelle le sous-préfet de Chalon-sur-Saône ne l'autorise à conduire que des véhicules à moteur équipé d'un dispositif homologué d'éthylotest anti-démarrage installé par un professionnel agréé pour une durée de dix mois ;
2) d'enjoindre au sous-préfet de Chalon-sur-Saône de lui restituer son permis de conduire sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision porte une atteinte grave à sa situation professionnelle ;
- la décision est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision n'est pas motivée ;
- les dispositions des articles L. 224-7 à L. 224-9 du code de la route ne sont pas applicables aux conducteurs de véhicules militaires en vertu de l'article L. 224-10 du code.
Par ordonnance du 9 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
12 novembre 2024 à 12 heures.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 novembre 2024, l'instruction a été rouverte et la clôture de l'instruction a été fixée au 20 novembre 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées ;
Considérant ce qui suit :
1. Le 14 juillet 2023 à 19 heures 25, alors qu'il circulait dans la commune d'Ouroux sur Saône, M. B a fait l'objet d'un procès-verbal d'infraction et d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir conduit sous l'empire d'un état alcoolique. Par l'arrêté attaqué du 17 juillet 2023, le sous-préfet de Chalon-sur-Saône l'a autorisé à conduire exclusivement sur des véhicules à moteur équipés d'un dispositif homologué d'éthylotest anti-démarrage installé par un professionnel agréé pour une durée de dix mois à compter de la date de rétention de son permis de conduire.
2. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ; () ". Aux termes de l'article R. 224-6 du code : " I. - Dans les cas prévus aux articles L. 224-2 et L. 224-7, le préfet peut restreindre le droit de conduire d'un conducteur ayant commis l'une des infractions prévues par les articles
L. 234-1, L. 234-8 et R. 234-1, par arrêté, pour une durée qui ne peut excéder un an, aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué d'anti-démarrage par éthylotest électronique, installé par un professionnel agréé ou par construction, conformément aux dispositions de l'article L. 234-17, en état de fonctionnement et après avoir utilisé lui-même ce dispositif sans en avoir altéré le fonctionnement. () ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Si M. B soutient que l'arrêté litigieux n'est pas motivé, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise le code de la route et notamment les articles L. 224-2, L. 224-6, L. 224-9, L. 231-4, R. 221-1-1 à D. 221-3, R. 221-13, R. 224-4, R. 224-6, R.224-12 à R. 224-17 et R. 233-1 et mentionne que l'intéressé avait fait l'objet le 14 juillet 2023 à 19 heures 25 dans la commune d'Ouroux sur Saône d'un procès-verbal et d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction prévue aux articles L. 234-1 à L. 234-8 du code de la route dès lors que les vérifications prévues à l'article R. 234-4 du code de la route, par éthylomètre, avaient révélé un taux d'alcool de 0,5 mg/L. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui comporte la mention des éléments de fait et de droit qui le fondent, est suffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, le requérant fait valoir que la décision attaquée porte une atteinte grave à sa situation professionnelle dès lors qu'il est militaire dans l'armée de l'air, que l'obligation d'installer un dispositif anti-démarrage ne peut concerner qu'un véhicule personnel et que la décision le prive de circuler avec des matériels militaires ce qui met en péril son emploi. Toutefois, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations et n'établit pas qu'il risque de perdre son emploi au sein de l'armée de l'air. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte grave à sa situation professionnelle.
5. En troisième lieu, le requérant soutient qu'aux termes de l'article L. 224-10 du code de la route, les dispositions des articles L. 224-7 à L. 224-9 du code ne s'appliquent pas aux conducteurs de véhicules militaires lorsqu'ils sont titulaires des brevets délivrés à cet effet par l'autorité militaire. Toutefois, l'arrêté attaqué a été pris sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles précités est inopérant.
6. Enfin, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et disproportionné en faisant valoir qu'il a vingt ans de conduite, que l'infraction est isolée, que le taux d'alcool relevé est de 0,5 mg/L, qu'il n'a jamais été condamné et encore moins pour des faits de même nature, qu'il n'est pas défavorablement connu des services de police, que son comportement exemplaire dans l'armée de l'air lui vaut d'être apprécié par sa hiérarchie et qu'il a été amené à commettre l'infraction parce qu'on lui a annoncé l'hospitalisation d'un ami dont le pronostic vital était engagé. Toutefois, l'arrêté attaqué ne lui interdit pas de conduire tout véhicule mais lui impose seulement de conduire des véhicules équipés d'un dispositif homologué anti-démarrage et la durée de la mesure est limitée à dix mois. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le sous-préfet de Chalon-sur-Saône a pris une décision disproportionnée compte tenu de la gravité de l'infraction.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Saône-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le magistrat désigné,Le greffier,
Jean-Michel DELANDRE Laurent BOUSSIERES
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.