Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304032

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. C B, ressortissant russe, qui contestait l'arrêté du préfet d'Indre-et-Loire du 13 juillet 2023 lui refusant un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, estimant que la délégation de signature était régulière. Il a ensuite jugé que le refus de titre de séjour ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH), compte tenu de l'absence de liens familiaux suffisamment stables et intenses en France. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, fondé sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la CEDH.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Mongis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;

- elle méconnaît l'article 3 de la CEDH ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 3 de la CEDH.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 décembre 2023.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Keiflin.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 12 juillet 1971, ressortissant russe, a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 novembre 2010. Il a sollicité une demande d'asile, rejetée par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) des 13 mai 2011 et 29 mai 2013 puis confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement les 27 mars 2012 et 17 septembre 2013 qui n'ont pas été exécutées. Il a présenté, le 19 juin 2018, une demande d'admission au séjour pour raisons médicales, rejetée par arrêté du 5 août 2019 suite à l'avis défavorable de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII). Il a présenté, le 19 avril 2021, une nouvelle demande d'admission au séjour pour raisons médicales et il a bénéficié d'un titre de séjour d'une durée d'un an valable jusqu'au 21 juin 2022 suite à l'avis favorable de l'OFII. Il a sollicité, le 13 septembre 2022, d'une part, le renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales qui a fait l'objet d'un avis défavorable de l'OFII du 30 décembre 2022 et, d'autre part, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des articles L. 432-13, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est vu remettre un récépissé valable jusqu'au 5 mars 2023. Par arrêté du 13 juillet 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. Guillaume Saint-Cricq, secrétaire général adjoint de la préfecture d'Indre-et-Loire, disposait d'une délégation de signature prise par un arrêté du 2 janvier 2023 pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture, " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département (), y compris : / - les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'ait pas été absente ou empêchée à la date du 13 juillet 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit dès lors être écarté.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. B se prévaut de la durée de son séjour en France, soit depuis près de treize ans et fait valoir les nombreux liens personnels et amicaux qu'il aurait noués sur le territoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier notamment de l'avis de la commission du titre de séjour, réunie le 23 mai 2023, qu'il ne maîtrise pas la langue française, qu'il n'a pas de diplôme et que, marié à une ressortissante mongole également en situation irrégulière sur le territoire français, il n'a aucun autre membre de sa famille en France et ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Dès lors, et alors qu'il s'est maintenu en France en dépit des mesures d'éloignement prises à son encontre, la décision portant refus de titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. B soutient qu'il se trouverait en situation de danger certain s'il était contraint de retourner en Russie, reconnue comme un pays instable en juillet 2023 par l'ACLED (Armed Conflict Location et Event Data Project), le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut être utilement invoquer à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours

7. Il résulte des points précédents que la décision portant refus de titre n'est pas entachée des illégalités invoquées. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 4, le requérant marié à une ressortissante mongole également en situation irrégulière sur le territoire français ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Dès lors le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement prise à son encontre est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi

9. Il résulte des points précédents que la décision portant refus de titre n'est pas entachée des illégalités invoquées. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant fixation du pays de renvoi du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

10. Si M. B soutient qu'il serait exposé à un risque de torture ou de mauvais traitement en cas de retour dans son pays d'origine, la Russie, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il y serait personnellement exposé à un risque d'être soumis à un traitement contraire aux stipulations de l'article 3 de la CEDH. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. B dispose également d'un passeport mongol. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 13 juillet 2023 ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

Laura KEIFLIN

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.