Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304495
mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2304495 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 7 novembre 2023, le 11 février 2024 et le 12 mai 2024, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 25 septembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Cher a rejeté la demande d'aide sociale au titre des frais d'hébergement de Mme C E au sein de l'unité de soins longue durée Croix Duchet de Saint-Amand Montrond.
Elle soutient que :
- les ressources disponibles de l'hébergée sont de 1600,47 euros et les frais d'hébergement de 2 128,32 euros ; le montant restant à financer est de 527,85 euros ;
- sa situation financière ne lui permet pas d'honorer cette somme, étant désormais grevée des honoraires de vétérinaire de 250 euros mensuels ; elle ne peut recourir à l'emprunt ; elle se prévaut de la loi sur le bien vieillir adoptée le 8 avril 2024, qui réduit à 521,55 euros le montant de la participation des obligés de Mme C E (article L. 132-6, 3° du code de l'action sociale et des familles).
Par un mémoire enregistré le 29 mars 2024, le département du Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que Mme C E, née en 1929, est accueillie au sein de l'unité de soins longue durée Croix Duchet de Saint-Amand Montrond à compter du 22 mars 2023. Une demande d'aide sociale a été présentée par Mme A, fille de l'hébergée, le 30 mars 2023. Par une décision du 6 juillet 2023, le président du conseil département du Cher a explicitement rejeté la demande, pour le motif tiré de ce que les ressources de l'hébergée et de ses obligés alimentaires permettaient d'acquitter le montant des frais. Le recours préalable obligatoire présenté par Mme A a été rejeté par une décision du 25 septembre 2023.
2. Aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin ". Aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2024-317 du 8 avril 2024 : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. / ()Par dérogation, sont dispensés de fournir cette aide: /3° Les petits-enfants, dans le cadre d'une demande d'aide sociale à l'hébergement pour le compte de l'un de leurs grands-parents (). La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission () ". Aux termes de l'article R. 132-9 du même code : " Pour l'application de l'article L. 132-6, le postulant fournit, au moment du dépôt de sa demande, la liste nominative des personnes tenues envers lui à l'obligation alimentaire définie par les articles 205 à 211 du code civil, lorsqu'il sollicite l'attribution d'une prestation accordée en tenant compte de la participation de ses obligés alimentaires. / Ces personnes sont invitées à fixer leur participation éventuelle aux dépenses susceptibles d'être engagées en faveur du postulant ou à l'entretien de ce dernier. / La décision prononcée dans les conditions prévues par l'article L. 131-2 est notifiée à l'intéressé et, le cas échéant, aux personnes tenues à l'obligation alimentaire en avisant ces dernières qu'elles sont tenues conjointement au remboursement de la somme non prise en charge par le service d'aide sociale et non couverte par la participation financière du bénéficiaire. A défaut d'entente entre elles ou avec l'intéressé, le montant des obligations alimentaires respectives est fixé par l'autorité judiciaire de la résidence du bénéficiaire de l'aide sociale ". En vertu de ces dispositions, les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais.
3. Il résulte de ces dispositions que l'aide sociale est subsidiaire, que son montant est fixé en tenant compte de la participation des personnes tenues à l'obligation alimentaire et qu'elle intervient, par conséquent, après l'aide possible apportée par les obligés alimentaires ou en complément de celle-ci. En vertu de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles, les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais.
4. Il résulte également de ces dispositions que, si le juge de l'aide sociale, pour se prononcer sur le montant de l'aide que doit apporter la collectivité publique, est appelé à apprécier la contribution globale que peuvent apporter les obligés alimentaires, sans qu'il soit en son pouvoir de fixer la charge individuelle assignée à chacun, ce que seul peut faire le juge judiciaire, il lui revient néanmoins d'évaluer l'effectivité de l'évaluation des capacités individuelles à laquelle a procédé le département. En revanche, il n'a plus à le faire si la question a été tranchée par le juge judiciaire, dont la décision s'impose à lui.
5. Il résulte de l'instruction que Mme A évalue le montant restant à financer des frais d'hébergement de Mme C E à la somme de 521,85 euros, montant au demeurant supérieur à la somme de 417,10 euros retenue par le département du Cher. Le montant des ressources mensuelles du foyer de la requérante est évalué à 3 200 euros et celui du foyer de M. D E, fils de Mme C E, également à la somme de 3 200 euros. Il ne résulte pas de l'instruction qu'en estimant que la capacité contributive des obligés alimentaires, évaluée par application des dispositions du règlement départemental, leur permettait de supporter la participation totale demandée, le département du Cher a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, alors même que Mme A soutient que les petits-enfants ne sont plus tenus de participer aux frais d'hébergement de leur grand-parent. Au demeurant, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment du règlement départemental, que l'aide sociale devrait prendre en charge le coût de la caution demandé par l'établissement.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département du Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Luc F
Le greffier,
Laurent BOUSSIERES
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.