Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304540

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, M. C A demande au tribunal d'annuler la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Loir-et-Cher a refusé de lui accorder la remise gracieuse d'un indu de prime d'activité de 1 623,23 euros et de prestations familiales de 1 464,43 euros.

Il soutient que :

- son ancienne compagne lui a demandé de déclarer une résidence alternée de leur enfant afin de percevoir les prestations ; elle a ensuite demandé le bénéfice de l'ensemble des prestations ; il a informé la caisse d'allocations familiales du placement de leur fils en famille d'accueil.

Par un mémoire enregistré le 15 avril 2024, la caisse d'allocations familiales de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de fonder sa décision sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur un litige afférent à des prestations familiales.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 27 juin 2023, la caisse d'allocations familiales de Loir-et-Cher a informé M. A d'un indu de prime d'activité de 1 623,23 euros et de prestations familiales de 1 464,43 euros au titre de la période de novembre 2022 à juin 2023, fondés sur l'omission de déclaration du départ d'un enfant du foyer à la suite de son placement dans une famille d'accueil. Les demandes de remise gracieuse présentées par le requérant ont été rejetées par des décisions de la caisse d'allocations familiales du 14 septembre 2023.

S'agissant de l'indu de prestations familiales :

2. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole, à l'exception des litiges relevant du contentieux technique de la sécurité sociale () ". Par ailleurs, l'article L. 142-8 de ce code dispose que : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : " Les prestations familiales comprennent : () 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; 2°) les allocations familiales ; 3°) le complément familial ; 4°) l'allocation de logement ; 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; 6°) l'allocation de soutien familial ; 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; () 9°) l'allocation journalière de présence parentale ".

3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 142-1 et L. 142-8 du code de la sécurité sociale que le tribunal judiciaire est seul compétent pour connaître en première instance des litiges auxquels donne lieu l'application de la législation de sécurité sociale et qui ne relèvent pas, par leur nature, d'un autre contentieux. Il en est ainsi des contestations relatives aux prestations familiales énumérées à l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale. Ainsi, les conclusions à fins d'annulation et d'injonction de la requête, en tant qu'elles concernent le refus de remise gracieuse de l'indu de prestations familiales ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative mais de celle de la juridiction judiciaire et doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

S'agissant de l'indu de prime d'activité :

4. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Pour l'examen de ces deux dernières conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.

6. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A pouvait légitimement ignorer l'obligation de déclarer le départ de son enfant du foyer et le requérant ne fait valoir à cet égard aucun motif. Cette omission réitérée au titre de la période de novembre 2022 à juin 2023, qui a permis au requérant de percevoir indûment un montant de 1 464,43 euros, caractérise la mauvaise foi au sens des dispositions précitées. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la caisse d'allocations familiales du 14 septembre 2023, quelle que soit sa situation financière. Sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête dirigées contre l'indu de prestations familiales sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la caisse d'allocations familiales de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Luc B

Le greffier,

Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.