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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304625

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304625

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 novembre 2023 et le 2 juin 2024, M. C A, représenté par Me Mariette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, dans un délai de quarante-huit heures, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreurs de droit au regard des dispositions de l'article

L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne lui a pas adressé de courrier mentionnant la pièce manquante, à savoir l'autorisation de travail et qu'il ne pouvait lui être opposé d'être entré irrégulièrement sur le territoire alors qu'il avait obtenu, postérieurement, des titres de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation médicale en ce qu'elle considère qu'il pourra bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il ne présentait aucun motif exceptionnel de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Mariette, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 26 avril 1988, déclare être entré en France le 1er juin 2015. Il a présenté une demande d'asile qui a donné lieu à une décision de rejet de la part de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 avril 2016, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 13 juin 2017. La demande de réexamen de M. A a été jugée irrecevable par une décision du 19 juin 2018, confirmée par la CNDA le 11 décembre suivant. L'intéressé a alors fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 11 mars 2019. Le 11 avril suivant, M. A a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade et s'est vu délivrer le titre de séjour demandé portant la mention " vie privée et familiale " le 21 novembre 2019, régulièrement renouvelé ensuite jusqu'au 2 novembre 2022. A l'expiration de ce titre, M. A en a demandé le renouvellement et a également sollicité son changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 octobre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la requête ci-dessus analysée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. [] / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour qu'il demandait en qualité d'étranger malade, le préfet d'Eure-et-Loir s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 27 octobre 2022 qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que M. A peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque. Le requérant, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'il est atteint d'une hépatite B chronique pour laquelle il est suivi tous les six mois au centre hospitalier de Chartres et qu'il bénéficie depuis l'année 2019, où il s'est vu attribuer son premier titre de séjour en raison de son état de santé, du même traitement antiviral régulièrement renouvelé, comme en attestent les ordonnances qu'il produit à l'instance ainsi que le compte-rendu de consultation de la praticienne de l'hôpital, spécialiste en maladies infectieuses et tropicales. Par ailleurs, si le préfet a considéré qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le requérant peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, il ressort de la 7ème édition de la liste nationale des médicaments essentiels versée au dossier par M. A, laquelle comporte une " Liste Adulte " de 454 médicaments figurant sous leur dénomination commune internationale, que le traitement antiviral quotidien par Viread qui lui est prescrit n'est pas disponible en Guinée. Dans ces conditions, eu égard à l'indisponibilité en Guinée du traitement dont bénéficie M. A, et alors que le préfet d'Eure-et-Loir qui, au demeurant, a pendant trois années accordé à l'intéressé le renouvellement de son titre de séjour, n'apporte aucun élément contraire en défense, le requérant établit ne pas pouvoir disposer d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le préfet d'Eure-et-Loir a commis une erreur d'appréciation au regard de son état de santé en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour du 13 octobre 2023 et, par voie de conséquence, des décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif retenu, l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2023 implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé. Il y a lieu, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 13 octobre 2023 du préfet d'Eure-et-Loir est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Patricia Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Patricia B

L'assesseure la plus ancienne,

Pauline BERNARD

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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