Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304781

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans annule la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de M. B, née du silence gardé par le préfet d'Indre-et-Loire. Le tribunal retient que cette décision est illégale en raison d'un défaut de motivation, le préfet n'ayant pas communiqué les motifs dans le délai d'un mois suivant la demande de l'intéressé, en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. La solution est fondée sur les articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que sur les articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant cet examen.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2023, M. A B, représenté par la SELARL Equations Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 17 mars 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est dépourvue de motivation ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 26 mars 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Toullec.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 27 mai 1988, est entré en France le 5 juin 2013, selon ses déclarations. Il a fait l'objet de deux arrêtés portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français les 13 juin 2016 et 11 mai 2017. Il a, le 17 mars 2023, déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet " et de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. En application de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, une décision implicite de rejet est née le 17 juillet 2023 du fait du silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur la demande de titre de séjour déposée par M. B le 17 mars 2023. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a sollicité la communication des motifs de cette décision implicite de rejet par un courrier présenté le 19 juillet 2023 à la préfecture, soit dans le délai de recours contentieux de deux mois mentionné à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le préfet d'Indre-et-Loire a répondu par mail le 25 août 2023, soit après le délai d'un mois qui lui était imparti par ce même article, en se bornant, au demeurant, à indiquer que la demande de l'intéressé ne faisait pas l'objet d'un refus implicite et que, compte tenu du nombre croissant de dossiers, le service accusait un retard dans leur traitement. Les décisions par lesquelles le préfet refuse la délivrance d'un titre de séjour sont au nombre des décisions défavorables qui doivent être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Faute d'avoir obtenu la communication des motifs qu'il sollicitait dans le délai imparti, M. B est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet attaquée n'est pas motivée et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, la délivrance d'un titre de séjour n'est pas impliquée par le présent jugement. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

5. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Rouillé-Mirza, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

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D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Indre-et-Loire de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rouillé-Mirza une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rouillé-Mirza renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURTLe greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2304781