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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304791

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304791

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2023, Mme D A veuve B, représentée par Me Moua, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état de santé nécessite toujours des soins dont elle ne pourra pas bénéficier en Tunisie ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Moua, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A veuve B, ressortissante tunisienne née le 9 mai 1953, est entrée pour la première fois en France le 28 septembre 2012, sous couvert d'un visa C valable jusqu'au 17 novembre 2012. Après s'être maintenue irrégulièrement sur le territoire, elle s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire, valable du 15 avril 2018 au 14 janvier 2019, en raison de son état de santé. Sa demande de renouvellement présentée le 6 décembre 2018 a fait l'objet d'une décision de refus, assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Entrée pour la dernière fois en France le 16 juillet 2020 munie d'un visa de court séjour, Mme A a sollicité le 1er octobre 2021 son admission au séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement du 20 avril 2023, le tribunal administratif d'Orléans a annulé la décision implicite de rejet de la préfète du Loiret et l'a enjointe à réexaminer la situation de l'intéressée. Toutefois, en parallèle de son recours contentieux, Mme A a présenté, le 3 novembre 2022, une nouvelle demande d'admission au séjour en qualité d'étrangère malade. Par un arrêté du 15 septembre 2023, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête ci-dessus analysée, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour refuser de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité d'étrangère malade, la préfète du Loiret s'est fondée sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 13 janvier 2023 qui a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que Mme A peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque. En l'espèce, Mme A, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'elle souffre d'un diabète de type II, d'une neuropathie diabétique et d'une dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), pathologies pour lesquelles elle est suivie par des médecins spécialistes en France et bénéficie de traitements médicamenteux et de soins auxquels elle ne pourrait pas avoir accès en Tunisie. Pour justifier ses allégations, et contredire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la requérante produit de nombreux certificats médicaux ainsi que des prescriptions de médicaments dont la quasi-totalité s'avère toutefois ancienne et concerne les années 2018 à 2021. Si elle verse également au dossier quelques documents se rapportant à l'année 2022 et aux mois d'août et septembre 2023, dont un certificat établi le 7 mars 2022 par un médecin endocrinologue qui confirme qu'elle présente un diabète de type 2 " bien équilibré " avec des complications de neuropathie diabétique et de rétinopathie nécessitant un prise en charge médicale et un suivi tous les six mois, ces documents ne comportent aucune indication sur la disponibilité du traitement médicamenteux et l'effectivité de l'accès aux soins de Mme A en Tunisie. Par ailleurs, si la requérante soutient qu'elle ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge médicale dans son pays d'origine, faute de ressources, elle ne le démontre pas en se bornant à produire la traduction, sans au demeurant les accompagner des documents originaux, de son avis d'imposition pour l'année 2019 ainsi que d'une attestation de non-enregistrement dans les régimes de sécurité sociale établie le 2 novembre 2020 par le président directeur général de la caisse nationale de sécurité sociale tunisienne, et non mise à jour depuis. Ces éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon laquelle un traitement et une prise en charge adaptés à l'état de santé de Mme A sont effectivement accessibles dans son pays d'origine. Par suite, en refusant de délivrer à la requérante un titre de séjour pour raisons de santé, la préfète du Loiret n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur dans l'appréciation de l'état de santé de la requérante.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance [] ".

6. Mme A, qui est veuve, fait valoir qu'elle réside en France depuis neuf ans et qu'elle y a désormais fixé ses intérêts. Toutefois, elle ne justifie pas d'une intégration particulière et ne démontre pas avoir noué des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français. En particulier, si elle se prévaut de la présence de ses deux fils, dont elle indique qu'ils sont titulaires d'une carte de résident, elle ne l'établit que pour l'un d'entre eux. De même, et alors qu'il résulte de l'attestation du 8 septembre 2023 du centre communal d'action sociale de Fleury-les-Aubrais que la requérante a, depuis cette date, élu domicile pour un an auprès de cet organisme, ses allégations selon lesquelles ses fils lui apportent " le réconfort et l'aide matérielle " dont elle a besoin ne sont corroborées par aucune pièce du dossier. En outre, Mme A n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Tunisie où réside sa fille cadette et le mari de cette dernière et où elle-même a vécu la plus grande partie de sa vie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour contestée porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que de celles relatives aux frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A veuve B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Patricia Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Patricia C

L'assesseure la plus ancienne,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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