Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304797

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans le même délai ou, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant ivoirien né le 9 avril 2002, déclare être entré irrégulièrement en France le 9 octobre 2018. Par un jugement en assistance éducative du 21 mars 2019 du tribunal pour enfants de A, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance du Morbihan jusqu'au 9 avril 2020, date de sa majorité. M. C a bénéficié d'un titre de séjour " étudiant " du 6 mai 2020 au 5 mai 2021 puis, du 6 mai 2021 au 5 mai 2022, d'un titre de séjour " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 15 juin 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile afin de poursuivre un apprentissage. Le 24 août 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a pris à son encontre un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi. Par la requête ci-dessus analysée, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Saisie d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui déclare être entré en France au mois d'octobre 2018 alors qu'il était âgé de seize ans, a bénéficié d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance dans le département du Morbihan en qualité de mineur étranger isolé. Si l'intéressé se prévaut de son expérience professionnelle du 1er septembre 2019 au 31 août 2021, période où il était titulaire de titres de séjour, tout d'abord en qualité d'étudiant, puis de travailleur temporaire, il est constant qu'il n'a validé aucun diplôme malgré ses inscriptions successives en apprentissage en vue de l'obtention du CAP boulanger au titre de l'année scolaire 2019/2020, puis en formation carreleur-chapiste au sein du centre de formation professionnelle des adultes d'Auray-Kervhal-en-Brech en septembre 2021. S'il produit un nouveau contrat d'apprentissage conclu le 3 janvier 2022 et prenant fin le 30 juin 2023 en vue de la préparation d'un CAP de maçon, cette circonstance ne suffit pas à attester de sa particulière insertion professionnelle ni de l'importance de ses efforts d'intégration depuis son arrivée sur le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, M. C, qui s'est déclaré célibataire et sans charge de famille lors de la présentation de sa demande de titre de séjour, aurait tissé des liens d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français, ni qu'il serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. A cet égard, s'il fait valoir qu'il a rencontré une compatriote titulaire d'une carte de séjour temporaire valable du 18 avril 2023 au 17 avril 2024, qui est sa compagne actuelle et avec laquelle il a eu un enfant né le 13 mars 2024, mais au profit duquel il avait effectué une reconnaissance préalable de paternité le 3 octobre 2023, cette relation, outre qu'elle n'est pas établie, reste en tout état de cause très récente. Enfin, si le requérant fait valoir que ses parents étaient décédés avant même son départ pour la France, il est constant qu'il les a nommés, ainsi que sa sœur, dans le formulaire de demande de titre de séjour et a renseigné, les concernant, la rubrique " pays de résidence " en y faisant figurer la mention " Côte d'Ivoire ". Dans ces conditions, la situation de M. C n'est pas de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste commise par le préfet d'Indre-et-Loire dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de M. C doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. C, qui ne justifie pas avoir transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, ainsi, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette dernière décision au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, le moyen tiré de ce que la décision par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a fait obligation à M. C de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 4 et 6 du présent jugement.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. M. C n'est donc pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

10. En second lieu, le moyen tiré de ce que la décision par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a fixé le pays vers lequel M. C pourra être reconduit en cas de mise à exécution de la mesure d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 4 et 6.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 août 2023 du préfet d'Indre-et-Loire doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Patricia Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Patricia D

L'assesseure la plus ancienne,

Pauline BERNARD

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.