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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304855

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304855

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2023, M. D C représenté par Me Mariette, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de 45 jours avec obligation de pointage ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de prendre une autre décision en tenant compte des motifs de l'annulation dans un délai d'un mois compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 moyennant renonciation de Me Mariette à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur les arrêtés attaqués, pris dans leur ensemble :

- les décisions sont entachées d'un vice d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées et particulièrement la décision fixant le pays de renvoi qui est insuffisamment motivée en fait ;

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur l'arrêté du 28 novembre 2023 portant assignation à résidence :

- la décision portant assignation à résidence pourra être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit à aller et venir et à son droit à mener une vie familiale normale.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant haïtien, né le 6 février 1985, déclare être entré en France le 15 octobre 2016. Il a fait l'objet de trois arrêtés portant obligation de quitter le territoire français pris par le préfet d'Eure-et-Loir, le 19 octobre 2016, le 28 janvier 2019 et le 6 novembre 2020. Le 21 septembre 2022, il a sollicité auprès du préfet d'Eure-et-Loir, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un premier arrêté du 19 octobre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination. Par un deuxième arrêté du 28 novembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé des obligations de pointage. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'étendue du litige :

4. Ainsi, qu'il a été dit au point 1., M. C a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, et fixant le pays de renvoi. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision et des conclusions afférentes aux frais de justice.

Sur les arrêtés attaqués pris dans leur ensemble :

5. En premier lieu, les deux arrêtés attaqués ont été signés par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Eure-et-Loir a donné délégation de signature à M. A à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

7. Les décisions contestées, du 19 octobre 2023 et du 28 novembre 2023 du préfet d'Eure-et-Loir mentionnent de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, ainsi que le pays de renvoi, et notamment que l'intéressé, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français, et s'est soustrait à trois précédentes obligations de quitter le territoire français en 2016, 2019 et 2020, n'entre dans aucun cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour et que la décision prise ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de arrêtés en litige, en toutes leurs décisions, doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C fait valoir qu'il réside depuis plus de quatre ans en France, et fait valoir qu'il est le père de deux enfants résidant sur le territoire français, nés le 15 octobre 2020 et le 16 juillet 2022. Toutefois, il ne démontre pas l'intensité des liens entretenus avec ses deux filles, alors qu'il est séparé de la mère de chacune d'entre elles. Il ne démontre pas notamment les liens entretenus avec sa fille née en 2022, ni avec la mère de celle-ci, toutes deux de nationalité française, alors qu'il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que cette dernière a informé la préfecture, par courrier du 9 mai 2023 de la procédure de divorce en cours avec le requérant. Le requérant n'apporte aucun élément pour attester qu'il contribue à l'éducation de cette enfant ou qu'il dispose de revenus pour participer à son entretien. M. C ne démontre ni n'allègue non plus avoir noué des liens intenses et stables sur le territoire français. Il ne témoigne enfin d'aucune forme d'insertion sur le territoire français et ne démontre pas non plus être dépourvu de liens avec son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à ses trente ans, où est né son premier enfant en 2012, dont il indique sans le démontrer qu'il ne réside plus à Haïti, et où résident toujours ses parents. Ainsi, la décision attaquée ne peut être regardée comme entachée d'erreur d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. C.

Sur la décision fixant le pays de destination :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre :

10. Pour demander l'annulation la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre, M. C soulève par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui refusant le séjour.

11. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

12. Il résulte des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Lorsque la preuve de cette contribution n'est pas rapportée ou lorsqu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur doit s'apprécier au regard du respect de sa vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de son ou ses enfants.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. C fait valoir qu'il réside depuis quatre ans en France, qu'il est le père d'une enfant française née en 2022 et qu'il ne dispose plus de liens avec son pays d'origine. Toutefois, comme évoqué au point 9., il n'apporte aucun élément probant pour attester de ses liens avec sa fille, ni ne démontre qu'il participe à son entretien et à son éducation, alors même qu'il est séparé de la mère de l'enfant. Il n'apporte non plus aucun élément pour démontrer qu'il ne dispose plus de liens avec son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans, où est né son premier enfant en 2012 et où résident ses parents. Ainsi, la décision attaquée ne peut être regardée comme entachée d'une erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. C.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte des éléments précédemment exposés que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant pays de renvoi serait dépourvue de base légale. Ce moyen doit donc être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et tirés, par voie d'exception, de l'illégalité du refus de séjour opposé à M. C doivent être écartés.

Sur l'assignation à résidence :

16. Il résulte des points 5 à 9 du jugement que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. M. C n'est dès lors pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence et le moyen doit être écarté.

17. En dernier lieu, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que M. C est assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, qu'il ne peut quitter les limites de l'Eure-et-Loir sans autorisation des services préfectoraux, et qu'il doit se présenter les lundis, mercredis et vendredis à 9h30 à la brigade de la gendarmerie nationale de Châteauneuf-en-Thymerais. M. C ne fait état d'aucune contrainte ou impératif de sa vie privée de nature à faire obstacle à ce qu'il puisse satisfaire à ses obligations en qualité d'assigné à résidence. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et eu égard aux effets d'une mesure d'assignation à résidence, l'arrêté susvisé n'a pas porté au droit de M. C à sa liberté d'aller et venir, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Les mêmes circonstances ne sont pas davantage de nature à faire regarder l'arrêté contesté comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ni sur son droit à mener une vie familiale normale, dès lors qu'il est séparé de ses compagnes, mères de ses deux enfants nés en France, avec lesquels il ne démontre pas entretenir des liens réguliers.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement contenues dans l'arrêté du 19 octobre 2023 susvisé doivent être rejetées, ainsi que celles dirigées contre l'arrêté du 28 novembre 2023 portant assignation à résidence. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent sont également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de M. C dirigées contre la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 19 octobre 2023, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de justice, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 19 octobre 2023 susvisé du préfet d'Eure-et-Loir sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 28 novembre 2023 portant assignation à résidence sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Pauline B

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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