Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304957

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a été saisi par la SARL Atout Terrain d'un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du maire d'Auzouer-en-Touraine refusant un permis d'aménager 18 lots. La société soutenait notamment que le refus était illégal car il retirait un permis tacite sans procédure contradictoire, et que les motifs de refus (dimensionnement insuffisant du réseau d'eau) étaient erronés ou pouvaient faire l'objet d'une prescription. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la demande de pièces manquantes, bien que tardive, n'avait pas fait naître de permis tacite et que le refus était justifié par l'insuffisance du dimensionnement du réseau d'eau potable pour la défense incendie, en application des articles R. 423-23, R. 423-38 et R. 424-1 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 7 décembre 2023, le 11 décembre 2023 et le 1er mars 2024, la SARL Atout Terrain demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le maire de la commune d'Auzouer-en-Touraine a refusé de lui délivrer un permis d'aménager 18 lots sur des parcelles cadastrées A 50 et A 1282 situées sur le territoire de cette commune.

Elle soutient que :

- la demande de pièces manquantes qui lui a été notifiée était illégale en ce que la pièce demandée avait déjà été fournie de sorte que, l'arrêté attaqué a procédé au retrait du permis tacite dont elle était titulaire sans mise en œuvre de la procédure contradictoire et sans être motivé en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté est entaché d'une inexactitude matérielle des faits en ce que, contrairement à ce qu'ont considéré le maire et le gestionnaire des eaux, la canalisation principale d'eau potable projetée ne fera pas 63 mm de diamètre mais entre 100 mm et 110 mm de diamètre ainsi que le prévoit le dossier de demande ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation en ce que la canalisation principale d'adduction d'eau potable projetée comporte un dimensionnement suffisant pour assurer la défense incendie ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit en ce que, en toute hypothèse, l'insuffisant dimensionnement du réseau projeté pouvait faire l'objet d'une prescription et non d'un refus de permis de construire.

La requête a été communiquée à la commune d'Auzouer-en-Touraine qui n'a pas produit d'observations.

Par ordonnance du 8 avril 2024, l'instruction a été close avec effet immédiat en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 juin 2023, la SARL Atout Terrain a déposé une demande de permis d'aménager portant sur la réalisation de 18 lots à bâtir sur des parcelles cadastrées A 50 et A 1282 situées sur le territoire de la commune d'Auzouer-en-Touraine (Indre-et-Loire). Par arrêté du 7 décembre 2023, le maire de cette commune a refusé de délivrer le permis sollicité. La SARL Atout Terrain demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la méconnaissance du principe du contradictoire et de l'exigence de motivation découlant du retrait d'un permis d'aménager tacite :

2. D'une part, en application de l'article R.* 423-23 du code de l'urbanisme, le délai d'instruction de droit commun d'une demande de permis d'aménager est de 3 mois. Selon l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R.* 423-38 du code de l'urbanisme : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R.* 423-41 du code de l'urbanisme : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R.* 423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R.* 423-23 à R.* 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R.* 423-42 à R.* 423-49 ". Enfin, l'article R.* 424-1 du même code prévoit qu'à défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction, déterminé comme il vient d'être dit, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un permis tacite.

3. D'autre part, aux termes de l'article R.* 442-5 du code de l'urbanisme : " Un projet architectural, paysager et environnemental est joint à la demande. Il tient lieu du projet d'aménagement mentionné au b de l'article R.* 441-2. / Il comporte, outre les pièces mentionnées aux articles R.* 441-2 à R.* 441-8 () c) Le programme et les plans des travaux d'aménagement indiquant les caractéristiques des ouvrages à réaliser, le tracé des voies, l'emplacement des réseaux et les modalités de raccordement aux bâtiments qui seront édifiés par les acquéreurs de lots ainsi que les dispositions prises pour la collecte des déchets () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des demandes de permis de construire, naît un permis tacite. En application de ces dispositions, le délai d'instruction n'est ni interrompu ni modifié par une demande, en principe illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle. Une demande tendant à compléter le dossier ne peut ainsi interrompre le délai d'instruction que si elle porte sur une pièce absente du dossier alors qu'elle est exigible en application du a) de l'article R. 431-4 du code ou sur une pièce complémentaire ou une information apparemment exigible, compte tenu de la nature et/ou de la consistance du projet, en application du b) et du c) de cet article, ou sur une pièce qui, bien que présente, ne comporte pas l'ensemble des informations requises par les dispositions réglementaires de ce même livre ou dont le contenu est entaché d'insuffisances ou d'incohérences telles qu'elle ne peut être regardée comme ayant été produite par le pétitionnaire.

5. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre du 11 juillet 2023, la maire d'Auzouer-en-Touraine a demandé à la SARL Atout Terrain de produire un nouveau programme et des nouveaux plans des travaux d'aménagement visés au c) de l'article R. 442-5 du code de l'urbanisme, en lui demandant d'apporter des précisions sur les modalités de gestion quantitative et qualitative des eaux pluviales. Toutefois, d'une part, s'il est constant que le programme et les plans des travaux d'aménagement (pièce PA8) figurent parmi les pièces exigibles au titre du code de l'urbanisme, la société requérante fait valoir, sans être contestée, qu'elle avait déjà fourni ces documents au service instructeur. D'autre part, la commune ne pouvait pas, comme elle l'a fait en l'espèce, demander des éléments exigibles au titre du code de l'urbanisme en vue de remédier, non pas à une incomplétude du dossier de demande, mais à une insuffisance affectant le contenu-même d'une pièce. Par suite, et alors même que la société a fait droit à la demande du 11 juillet 2023, elle est fondée à soutenir que celle-ci n'a pas eu pour effet d'interrompre le délai d'instruction.

6. Le courrier du 11 juillet 2023 informait, par ailleurs, la SARL Atout Terrain d'une majoration du délai d'instruction à 4 mois au motif que le projet était situé dans les abords d'un monument historique ou dans un site patrimonial remarquable en application de l'article R. 425-1 et R. 425-2 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que, la SARL Atout Terrain ayant déposé son dossier de demande le 23 juin 2023, elle était titulaire d'un permis tacite à compter du 23 octobre 2023. Par l'arrêté attaqué du 7 décembre 2023, la maire d'Auzouer-en-Touraine doit donc être regardée comme ayant retiré cette décision tacite. Il est constant qu'elle n'a pas mis la SARL Atout Terrain à même de présenter ses observations, en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte que la société requérante est fondée à soutenir, pour ce premier motif, que l'arrêté est entaché d'illégalité.

En ce qui concerne les autres moyens :

7. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

8. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

9. Pour retirer le permis sollicité sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, la maire de la commune d'Auzouer-en-Touraine a relevé, en s'appuyant sur l'avis du gestionnaire des eaux, l'insuffisant dimensionnement de la canalisation existante au droit de la rue de l'Argenterie, dont le diamètre s'élève à 63 mm, pour assurer la lutte contre les incendies.

10. En premier lieu, toutefois, ainsi que le soutient à juste titre la requérante, ce motif, qui porte sur un point précis et limité du projet, devait faire l'objet, non d'un retrait de permis d'aménager, mais d'une prescription assortissant la délivrance du permis aux fins d'élargissement du réseau existant, en tenant compte, le cas échéant, de l'avis du gestionnaire des eaux compétent. Pour ce motif, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté est entaché d'erreur de droit.

11. En deuxième lieu, d'une part, il ressort du dossier de demande de permis d'aménager construire, en particulier de la pièce PA8 que le pétitionnaire réalisera " conformément aux prescriptions du concessionnaire " une canalisation principale desservant le lotissement d'un diamètre de 100 mm à 110 mm se substituant ainsi à la canalisation existante au droit de la rue de l'Argenterie, actuellement d'un diamètre 63 mm. D'autre part, eu égard aux deux réserves incendie existantes, à la nouvelle réserve prévue par le projet, au certificat d'urbanisme positif délivré le 13 janvier 2022, portant sur un projet analogue de 15 lots au même emplacement et concluant à une capacité suffisante du réseau, et à l'augmentation de la capacité du réseau résultant des travaux de substitution mentionnés ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas allégué par la commune qui n'a pas produit d'observations dans la présente instance, qu'une insuffisance de l'approvisionnement en eau serait de nature, à elle-seule, à créer un risque pour la défense contre les incendies justifiant de retirer le permis d'aménager. La société requérante est par suite également fondée à soutenir que l'arrêté portant retrait du permis d'aménager est entaché d'erreur d'appréciation.

12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le dernier moyen soulevé par la société requérante n'est pas de nature à entrainer l'annulation de la décision attaquée.

13. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 7 décembre 2023, qui prononce le retrait du permis tacite dont était bénéficiaire la SARL Atout Terrain, doit être annulé.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 décembre 2023 portant retrait du permis d'aménager tacite de la SARL Atout Terrain est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Atout Terrain et à la commune d'Auzouer-en-Touraine.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Frédérique GAUTHIER

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.