Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305007

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 11 décembre 2023, le 12 décembre 2023 et le 13 juin 2024, Mme C A demande au tribunal d'annuler la décision du 20 novembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Cher a refusé de lui accorder la remise gracieuse d'un indu d'aide personnelle au logement de 994 euros ainsi que la décision du 17 novembre 2023 refusant de lui accorder la remise gracieuse d'un indu de prestations familiales de 4 303,44 euros.

Elle soutient que :

- elle n'a pas été informée des motifs de l'indu ; elle n'a pu présenter ses observations à la caisse d'allocations familiales ; elle vivait seule avec ses enfants de décembre 2020 à décembre 2021 ; son quotient familial est de 794 euros ; elle supporte actuellement la charge de deux enfants ; elle a perçu des revenus professionnels en qualité de loueur en meublé non professionnel, mais l'immeuble a été saisi et revendu par ses créanciers.

Par un mémoire enregistré le 23 mai 2024, la caisse d'allocations familiales du Cher conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de fonder sa décision sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître d'un litige en matière d'allocation aux adultes handicapés.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 12 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Cher a informé Mme A d'un indu d'allocation de logement familiale, d'allocation aux adultes handicapés et de complément de ressources d'un montant total de 8 157,27 euros au titre de la période de décembre 2020 au 30 septembre 2021. Les demandes de remise gracieuse de ces indus ont été rejetées par des décisions de la caisse d'allocations familiales du 17 novembre 2023 et du 20 novembre 2023.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 821-5 du code de la sécurité sociale : " L'allocation aux adultes handicapés est servie comme une prestation familiale. () / Les différends auxquels peut donner lieu l'application du présent titre et qui ne relèvent pas d'un autre contentieux sont réglés suivant les dispositions régissant le contentieux général de la sécurité sociale. ". L'article L. 142-8 du même code prévoit : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ".

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales a refusé la remise de dette d'un indu relatif à l'allocation aux adultes handicapés, qui relève du contentieux général de la sécurité sociale, ne ressortissent pas de la compétence de la juridiction administrative. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement familiale :

4. Il résulte de l'instruction, et notamment d'un courrier daté du 21 janvier 2023 adressé à la caisse d'allocations familiales, que Mme A a également entendu contester le

bien-fondé des indus mis à sa charge. Par suite, les conclusions de la requête doivent également être regardées comme tendant à la décharge de l'indu d'allocation de logement familiale.

5. Selon l'article R. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer ". L'article R. 822-5 du même code dispose que les revenus professionnels des travailleurs indépendants sont ceux pris en compte dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux de l'avant-dernière année précédant la date d'ouverture ou de réexamen du droit.

6. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération des sommes indûment versées au titre de l'allocation de logement familiale est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée. L'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant la caisse d'allocations familiales le recours administratif préalable obligatoire, mentionné à l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires de ce code. Ainsi, et dès lors que le législateur n'a pas entendu soumettre la contestation du bien-fondé de l'indu à une procédure contradictoire et que Mme A a été en mesure de présenter son recours préalable, la circonstance qu'elle n'a pu présenter d'observations orales est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de l'instruction que l'indu litigieux a été mis à la charge de la requérante à l'issue d'un contrôle réalisé par la caisse d'allocations familiales au cours du mois de septembre 2021, ayant révélé que Mme A exerçait une activité d'auto-entrepreneur depuis le 1er janvier 2020 ainsi qu'une activité salariée depuis septembre 2019, alors qu'elle avait déclaré être en invalidité depuis le 1er septembre 2019 et sans activité professionnelle. Le montant des ressources réellement perçues par le foyer de la requérante, composé de Mme A et de M. A, lequel exerce une activité salariée, ne lui permettait pas de bénéficier de l'abattement de 30% prévu à l'article R. 825-14 du code de la construction et de l'habitation. Il ne résulte pas de l'instruction, contrairement aux allégations de la requérante, qu'elle vivait seule avec ses enfants au cours de la période litigieuse. Par suite, la demande de décharge de l'indu doit être rejetée.

Sur la demande de remise gracieuse :

8. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. A défaut, l'organisme payeur peut, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues soit au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, soit au titre des prestations mentionnées à l'article L. 168-8 ainsi qu'aux titres II et IV du livre VIII du présent code, soit au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles () Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. " Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles

L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ".

9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'aide personnalisée au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.

10. Il résulte de l'instruction que le quotient familial du foyer de la requérante, composé du couple et de deux enfants à charge, est de 794 euros en mai 2024 et que la requérante perçoit 730 euros de prestations sociales et 600 euros de pension d'invalidité. Toutefois, d'une part, Mme A n'a produit aucun justificatif de ses ressources et charges actuelles et la caisse d'allocations familiales fait valoir qu'un échelonnement de la dette adapté aux ressources de l'allocataire lui a été accordé. D'autre part, la requérante ne fait valoir aucun motif légitime justifiant le défaut de déclaration des ressources de son auto-entreprise ainsi que des salaires perçus, qu'elle indique au demeurant avoir régulièrement notifié aux services fiscaux. Il ne résulte par suite pas de l'instruction que Mme A devrait être regardée comme étant de bonne foi au sens des dispositions précitées. Elle n'est dès lors pas fondée à demander l'annulation de la décision du 17 novembre 2023 de la caisse d'allocations familiales du Cher.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête dirigées contre la décision de la caisse d'allocations familiales du Cher du 20 novembre 2023 statuant en matière d'allocation aux adultes handicapés et de complément de ressources sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la caisse d'allocations familiales du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Luc B

Le greffier,

Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.