Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305011

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. C, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, puis a examiné la demande de titre sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir rappelé les conditions de délivrance de ce titre pour les jeunes confiés à l'aide sociale à l'enfance, le tribunal a estimé que le préfet avait correctement apprécié la situation de M. C au regard du caractère réel et sérieux de sa formation, de ses liens avec sa famille restée au pays et de l'avis de la structure d'accueil. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 décembre 2023 et le 3 octobre 2024, M. D C, représenté par Me Dézallé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente un récépissé ou à défaut une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la preuve de la compétence du signataire de l'acte n'est pas rapportée ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- la commission du titre de séjour devait être saisie ;

- l'isolement familial ne constitue pas un critère ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience au titre de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Dezallé, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 4 octobre 2004 à Daloa en Côte d'Ivoire, est entré en France en 2019 à l'âge de 15 ans et pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) à compter du 30 septembre 2019. Il a déposé le 5 octobre 2022 auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 octobre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par arrêté n° 62-2023 du 4 septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs du mois de septembre 2023 de la préfecture dans la rubrique " Recueil des actes administratifs " et mis en ligne sur le site de la préfecture, le préfet d'Eure-et-Loir a donné délégation de signature à M. A à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure et Loir ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise notamment les articles L. 435-1 et L. 423-22, L. 611-1 alinéas 1° et 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les motifs, tirés de la situation personnelle et familiale du requérant, pour lesquels la demande de titre de séjour est rejetée. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé en droit comme en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

6. Il ressort de la motivation de l'arrêté litigieux que M. C, après avoir été scolarisé au titre de l'année scolaire 2020-2021 en CAP Monteur en installations sanitaires, a intégré en septembre 2021 un CAP Production et services en restauration et que les bulletins scolaires, de la période de septembre 2021 à janvier 2023 produits dans la présente instance, font état de difficultés dans l'apprentissage et de nombreuses heures d'absence injustifiées. Ces allégations ne sont pas contredites par le requérant. La seule circonstance que M. C est titulaire, à compter de novembre 2023, soit postérieurement à l'arrêté attaqué, d'un contrat à durée indéterminée en qualité de commis de cuisine ne saurait à elle seule caractériser le sérieux des études poursuivies au sens des dispositions précitées. Il en va de même de la circonstance toujours postérieure à l'arrêté du 20 octobre 2023, selon laquelle il est désormais le père d'un enfant né le 16 novembre 2023. Par suite, le préfet a pu, sans erreur d'appréciation, refuser de délivrer le titre sollicité.

7. L'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que la commission du titre de séjour doit être saisie lorsque le préfet envisage de refuser de délivrer une carte de séjour temporaire, sur le fondement de l'article L. 423-22, à un ressortissant étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance. Pour les motifs exposés au point précédent, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de la garantie prévue par ces dispositions.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 20 octobre 2023. Sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet d'Eure-et-Loir.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,

M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,

Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

Jean-Luc B

Le président,

Samuel DELIANCOURT

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.