Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305108
vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2305108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023, M. B E D, représenté par Me Konate, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour contestée est entachée d'incompétence ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée est entachée d'incompétence ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'au moment de l'édiction de l'arrêté du 2 novembre 2023, son visa était en cours de validité ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est probable que toute demande ultérieure de visa lui soit refusée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 8 juin 2024, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les observatiions de Me Konate, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. D, ressortissant de la République du Congo, né le 23 août 1986, entré pour la dernière fois en France le 9 décembre 2022 sous couvert d'un visa de court séjour de quatre-vingt-dix jours, valable du 1er novembre 2022 au 1erfévrier 2023, a, le 3 mai 2023, déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 novembre 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français attaquées ont été signées par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret, qui bénéficiait d'une délégation de signature du 23 octobre 2023 de Mme C A, préfète du Loiret, publiée le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et des réquisitions de comptable public. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français attaquées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète du Loiret a fait application, notamment les articles L. 435-1 et L. 611-1 (3°), indique les considérations de fait propres à la situation du requérant sur lesquelles la préfète s'est fondée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D est marié depuis le 17 août 2013 avec une compatriote qui réside en France en situation irrégulière et avec laquelle il a eu une fille née le 15 octobre 2018 à Meaux. Toutefois, le requérant déclare demeurer à Chécy dans le Loiret alors que son épouse réside en Ile-de-France et il est constant que leur fille réside au Congo. Ainsi, le requérant ne justifie pas, en France, d'une vie commune avec son épouse et sa fille. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. D travaille depuis 2010, d'abord en contrat à durée déterminée, puis, depuis le 17 octobre 2022, en contrat à durée indéterminée pour la société Total Energie International installée à Genève en Suisse, en tant qu'ingénieur en production et optimisation, selon " un système de rotation ", un mois en mer et un mois à terre. Selon les termes de son dernier contrat, il est affecté au Nigéria. Il ressort des visas produits au dossier qu'il séjourne en France sous couvert de visas de court séjour d'une durée de quatre-vingt-dix jours. Il ne peut ainsi être regardé comme résidant de manière continue en France. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le requérant ne justifie pas de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète, en refusant de délivrer à M. D un titre de séjour sur ce fondement, n'a pas entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En quatrième lieu, eu égard aux éléments exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas fondé et doit être écarté.
7. En cinquième lieu, dès lors que l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'est pas établie, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
9. Pour obliger M. D à quitter le territoire français, la préfète du Loiret s'est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors que la préfète a refusé de délivrer à M. D un titre de séjour, elle pouvait, alors même que le requérant disposait d'un visa de court séjour en cours de validité, légalement l'obliger à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
10. En septième lieu, le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que cette décision a possiblement fait l'objet d'une inscription dans le système d'information Schengen, laquelle inscription constitue un motif de refus de délivrance d'un visa par les autorités consulaires et qu'il ne pourra ainsi plus se rendre librement en France afin de rendre visite à ses proches. Toutefois, d'une part, l'arrêté attaqué n'indique nullement que l'intéressé a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. D'autre part, l'inscription de l'identité d'un ressortissant étranger aux fins de non admission est un des effets induits par l'adoption à son égard d'une décision préfectorale d'interdiction de retour sur le territoire français, en vertu de l'article 2 du décret du 28 mai 2010 relatif aux fichiers des personnes recherchées, décision qui ne figure pas dans l'arrêté attaqué. Le moyen soulevé, est, par suite, inopérant et doit être écarté.
11. En dernier lieu, eu égard aux éléments exposés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E D et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURTLa greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2305108