Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305129

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 décembre 2023 et le 6 mai 2024 sous le numéro 2305129, M. E B demande au tribunal d'annuler la décision du 20 octobre 2023 par laquelle le président du conseil départemental d'Indre-et-Loire a refusé d'attribuer l'aide sociale pour les frais d'hébergement de Mme C A au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de la Croix Papillon à Saint Christophe sur le Nais.

Il soutient que :

- le conseil départemental n'a pas tenu compte des charges réelles du foyer ; sa participation financière ne peut excéder 150 euros par mois ; le capital financier de sa mère est épuisé, elle possède encore 12 hectares de terres agricoles sous couvert d'un bail et une procédure de vente est en cours depuis le 9 janvier 2024 ; sa retraite ne couvre pas les frais d'hébergement restants de 1 200 euros ; il ne peut, avec sa sœur, combler le déficit ; il a conclu un pacte civil de solidarité en 2019 et deux de ses enfants poursuivent des études supérieures ; le reste à vivre du foyer est d'environ 1 000 euros ; il joint un tableau de ses dépenses ainsi que son avis d'imposition.

Par des mémoires enregistrés le 26 décembre 2023 et le 31 janvier 2024, le département d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II- Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 décembre 2023 et le 6 janvier 2024 sous le numéro 2305200, Mme G B épouse F demande au tribunal d'annuler la décision du 20 octobre 2023 par laquelle le président du conseil départemental d'Indre-et-Loire a refusé d'attribuer l'aide sociale pour les frais d'hébergement de Mme C A au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de la Croix Papillon à Saint Christophe sur le Nais.

Elle soutient que :

- sa mère ne dispose pas des ressources nécessaires et des démarches sont entreprises pour la cession de terres agricoles dont elle est propriétaire ; elle ne dispose pas, ainsi que son frère, des ressources pour acquitter le montant de 1 200 euros restant à charge ; ils ne refusent pas de participer, mais demandent que le montant mis à leur charge soit proportionné à leurs possibilités ; la formule de calcul du conseil départemental ne prend pas en compte les charges réelles, une procédure de vente des terres appartenant à sa mère est en cours depuis le 9 janvier 2024.

Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2024, le département d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, placée sous curatelle renforcée auprès de l'UDAF d'Indre-et-Loire, est accueillie à l'EHPAD La Croix Papillon à Saint Christophe sur le Nais depuis le 28 février 2020. Une demande d'aide sociale a été présentée pour le compte de Mme A le 2 mai 2023, qui a été rejetée par une décision du président du conseil départemental d'Indre-et-Loire du 28 août 2023, fondée sur la circonstance que les ressources de l'hébergée et de ses obligés alimentaires suffit à couvrir le coût des dépenses d'hébergement. Le recours préalable présenté par M. E B, fils de Mme A, a été rejeté par une décision du 20 octobre 2023. Mme F, fille de Mme A et M. B, demandent l'annulation de cette décision.

2. Les requêtes présentées par Mme F et M. B présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par un même jugement.

3. Aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin ". Aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. / () La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission () ". Aux termes de l'article R. 132-9 du même code : " Pour l'application de l'article L. 132-6, le postulant fournit, au moment du dépôt de sa demande, la liste nominative des personnes tenues envers lui à l'obligation alimentaire définie par les articles 205 à 211 du code civil, lorsqu'il sollicite l'attribution d'une prestation accordée en tenant compte de la participation de ses obligés alimentaires. / Ces personnes sont invitées à fixer leur participation éventuelle aux dépenses susceptibles d'être engagées en faveur du postulant ou à l'entretien de ce dernier. / La décision prononcée dans les conditions prévues par l'article L. 131-2 est notifiée à l'intéressé et, le cas échéant, aux personnes tenues à l'obligation alimentaire en avisant ces dernières qu'elles sont tenues conjointement au remboursement de la somme non prise en charge par le service d'aide sociale et non couverte par la participation financière du bénéficiaire. A défaut d'entente entre elles ou avec l'intéressé, le montant des obligations alimentaires respectives est fixé par l'autorité judiciaire de la résidence du bénéficiaire de l'aide sociale ". En vertu de ces dispositions, les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais.

4. Il résulte de ces dispositions que l'aide sociale est subsidiaire, que son montant est fixé en tenant compte de la participation des personnes tenues à l'obligation alimentaire et qu'elle intervient, par conséquent, après l'aide possible apportée par les obligés alimentaires ou en complément de celle-ci. En vertu de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles, les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais.

5. Il résulte également de ces dispositions que, si le juge de l'aide sociale, pour se prononcer sur le montant de l'aide que doit apporter la collectivité publique, est appelé à apprécier la contribution globale que peuvent apporter les obligés alimentaires, sans qu'il soit en son pouvoir de fixer la charge individuelle assignée à chacun, ce que seul peut faire le juge judiciaire, il lui revient néanmoins d'évaluer l'effectivité de l'évaluation des capacités individuelles à laquelle a procédé le département. En revanche, il n'a plus à le faire si la question a été tranchée par le juge judiciaire, dont la décision s'impose à lui.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le montant mensuel des frais d'hébergement à l'EHPAD de Saint Christophe sur le Nais sont de 2 184,45 euros et que les ressources disponibles de Mme A s'élèvent à 1 258,11 euros.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction que le montant des ressources mensuelles du foyer de Mme F, mariée et mère de deux enfants, est de 10 400 euros nets et que les charges, évaluées en application du barème départemental, sont estimées forfaitairement à la somme de 2 425,15 euros. Le montant des ressources mensuelles de M. B, titulaire d'un pacte civil de solidarité et père de deux enfants, est de 2 900 euros nets, le montant des ressources de sa concubine n'étant pris en compte que pour apprécier les charges supportées par le foyer de l'obligé alimentaire, évaluées à 1 455,03 euros.

8. Il ne résulte pas de l'instruction qu'en évaluant à 1 425,89 euros la participation globale mensuelle des obligés alimentaires - montant supérieur à la somme de 926,34 euros restant à financer -, le département d'Indre-et-Loire a méconnu les dispositions précitées. Il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'en évaluant à 1207,11 euros, la participation du foyer de Mme F, et à 218,78 euros celle du foyer de M. B, le département a méconnu ces dispositions. Si les requérants soutiennent que l'évaluation forfaitaire des charges prévue par le barème départemental ne reflète pas les charges réelles supportées par leurs foyers, il revient au juge judiciaire de fixer le montant de leur obligation alimentaire. Si Mme F et M. B soutiennent que la vente des terres appartenant à Mme A pourrait permettre le paiement des frais d'hébergement, il leur est loisible de saisir à cette fin le juge judiciaire.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B et de Mme F doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme F sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme G F née B et au département d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Luc D

Le greffier,

Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2305129