Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305162
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2305162 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, M. C A B, représenté par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'origine, le Gabon, ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant cet examen, un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- il est insuffisamment motivé, dès lors qu'il se borne à reprendre les termes de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et n'apporte pas d'éléments propres à son état de santé ;
- le préfet s'est senti lié par l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il ne peut bénéficier de son traitement dans son pays d'origine, et qu'il ne peut voyager sans risque vers le Gabon ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle se trouve privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrer un titre de séjour ;
Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Bernard a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, ressortissant gabonais né le 2 janvier 1997 à Kango (Gabon), est entré en France le 29 septembre 2019, muni d'un passeport revêtu d'un visa D de long séjour " étudiant ", valable jusqu'au 23 septembre 2020. Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", valable jusqu'au 22 septembre 2021. Le 18 avril 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 septembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé son pays d'origine, le Gabon, ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi. Par la requête ci-dessus analysée, M. A B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet d'Indre-et-Loire a fait application, notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle les conditions de l'entrée et du séjour en France de l'intéressé et indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de M. A B, notamment s'agissant des cartes de séjour portant la mention " étudiant ", qui lui ont été successivement délivrées, les considérations relatives à sa situation personnelle et l'avis délivré par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 juillet 2023, sur lesquels le préfet, qui n'était pas tenu de rappeler de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, s'est fondé pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité et lui faire obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait comme en droit de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la décision attaquée, que le préfet d'Indre-et-Loire, qui s'est livré à un examen de la situation personnelle de l'intéressé, se serait estimé en situation de compétence liée par rapport à l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour prendre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré de ce qu'il se serait cru dans une telle situation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".
6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Pour refuser de délivrer à M. A B un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet d'Indre-et-Loire s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 13 juillet 2023, qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que M. A B peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque. Le requérant, qui a levé le secret médical, se prévaut, pour contredire cet avis, d'un compte-rendu de consultation établi par un médecin du service de pneumologie du centre hospitalier régional et universitaire de Tours, daté du 13 janvier 2023. Ce document, établi un mois et demi après la sortie de M. A B d'une hospitalisation dans ce service, pendant deux jours les 27 et 28 novembre 2022, pour " une tuberculose pulmonaire bacillifère avec un tableau scannographique de pneumonie lobaire inférieure droite ", indique que le requérant suit un traitement antituberculeux débuté le 29 octobre 2022, " compliqué d'une cytolyse hépatique ". Le même document conclut toutefois à une évolution favorable de la pathologie tuberculeuse sous trithérapie et indique des dates de prescription s'achevant au 29 janvier 2023 pour un premier traitement et au 1er août 2023 pour un second traitement. Ce document ne fait pas mention, par ailleurs, d'une impossibilité pour M. A B de disposer d'un traitement au Gabon, ni d'une impossibilité pour lui de voyager vers ce pays. Enfin, l'article de presse produit par le requérant, daté du 3 mars 2023, et qui se borne à invoquer de manière très générale l'incidence de la tuberculose au Gabon, ne saurait suffire à démontrer l'impossibilité pour l'intéressé d'avoir effectivement accès à son traitement dans son pays d'origine. Par suite, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour et le moyen doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
9. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à M. A B un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que de celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
Pauline BERNARD
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.