Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400006

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400006
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé provision sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de la société Ingénimmo. Celle-ci sollicitait le versement d'une provision de 120 864 euros par la commune de Dreux pour des études liées à un projet immobilier. Le juge a estimé que la lettre de l'adjoint au maire, invoquée comme engagement contractuel, ne constituait qu'un accord de principe conditionnel, rendant l'obligation alléguée sérieusement contestable. En conséquence, la demande de provision a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2024, la société Ingénimmo, représentée par

Me Rodolphe Rayssac, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la commune de Dreux à lui verser la somme provisionnelle de 120 864 euros TTC d'honoraires et de frais d'études au titre d'un projet immobilier dénommé " Ilot A aux Arbres " situé rue Esmery Caron ;

2°) d'assortir la provision sollicitée d'un délai d'exécution de quinze jours sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dreux la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- au cours des années 2018 et 2019, la commune a souhaité mettre en œuvre un projet de revalorisation d'un îlot en entrée Cœur de ville dit " A aux Arbres " ;

- dans ce cadre, elle a effectué des études avec le cabinet d'architectes Cazenove qui ont été exposées au conseil municipal ;

- par lettre du 11 avril 2019, l'adjoint au maire de la commune s'est engagé à ce que les frais d'études soient pris en charge par la ville si le projet ne devait pas aboutir ;

- l'appel d'offres engagé au cours de l'année 2020 afin de sélectionner les entreprises qui réaliseraient le projet d'aménagement urbain et commercial a été déclaré infructueux ;

- par courrier du 20 avril 2020, elle a réclamé le règlement par la ville de la somme de 120 864 euros TTC correspondant aux prestations d'études financières et d'études architecturales effectuées par elle et la société Cazenove ;

- en l'absence de règlement et après relance du 15 décembre 2021, elle a adressé à la commune une demande de provision préalable d'un montant de 120 864 euros TTC ;

- en l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née et elle est contrainte de saisir le tribunal administratif.

La requête a été communiquée à la commune de Dreux qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 8 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application des articles L. 222-2-1 et L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

2. Il résulte des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

3. Pour justifier sa demande de provision, la société requérante soutient qu'elle a effectué avec le cabinet d'architectes Cazenove des études financières et architecturales dans le cadre d'un projet de revalorisation d'un îlot en entrée Cœur de ville dit " A aux Arbres " qui ont été exposées au conseil municipal de Dreux en mars 2019 et qu'aux termes de la lettre du

11 avril 2019 de l'adjoint au maire de Dreux, la commune s'est engagée à ce que les frais d'étude engendrés pour la réalisation du projet soient intégralement pris en charge par la ville même si le projet ne devait pas aboutir. Elle soutient également que s'il devait être jugé que le contrat a été irrégulièrement conclu, il est incontestable qu'elle est bien créancière de la commune sur le fondement de l'enrichissement sans cause.

4. D'une part, la société requérante ne produit aucun contrat conclu entre elle-même, le cabinet Cazenove et la commune de Dreux. Par ailleurs, la lettre du 11 mars 2019 qui lui a été adressée par l'adjoint au maire de Dreux indique, après avoir rappelé qu'elle faisait suite à leurs différentes rencontres et à la présentation du 28 mars 2019 relative à sa proposition d'aménagement sur le secteur du A aux Arbres et de la rue Esmery Caron, que " Sous réserve que le projet réalisé soit bien conforme à la présentation que vous avez faites, je vous confirme notre accord de principe quant à cet aménagement et à la cession à venir, à votre profit, des parcelles sises 1-2-7-9 rue Esmery Caron, cadastrées AD n° 293-294 et 292. Conformément à notre accord, je vous confirme que les frais d'études engendrés seraient intégralement pris en charge par la ville si le projet ne devait pas aboutir. Cette proposition de cession sera présentée au conseil municipal lors de sa prochaine réunion prévue le 27 juin 2019. ". Compte tenu de ses termes, la question de savoir si cette lettre comporte un engagement ferme de la commune envers la société requérante, et non seulement un accord de principe et conditionnel, présente à juger une difficulté sérieuse. Par suite, cette seule lettre n'est pas de nature à établir, avec un degré suffisant de certitude, l'existence d'un contrat et, par voie de conséquence, de l'obligation contractuelle dont la société requérante se prévaut. Il suit de là que cette obligation contractuelle apparaît, en l'état de l'instruction, sérieusement contestable.

5. D'autre part, une action engagée sur le fondement de l'enrichissement sans cause présente un caractère subsidiaire. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, l'obligation fondée sur l'enrichissement sans cause de la commune dont se prévaut la société requérante, qui ne pourrait éventuellement aboutir que si l'existence d'un contrat n'était pas établie ce qui présente une difficulté sérieuse ainsi qu'il a été dit ci-dessus, apparaît également, en l'état de l'instruction, sérieusement contestable.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Ingénimmo doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à assortir la provision d'un délai d'exécution et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Ingénimmo est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Ingénimmo et à la commune de Dreux.

Fait à Orléans, le 25 septembre 2024.

Le juge des référés,

Jean-Michel B

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.